La Marseillaise en dépôt de bilan: les journalistes veulent avoir « voix au chapitre »

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Marseille, 17 nov 2014 (AFP) – Les journalistes de La Marseillaise, quotidien régional ancré à gauche et en cessation de paiement, ont demandé lundi à être associés à la procédure de redressement judiciaire pour « accéder aux informations », réitérant leur souhait de participer au projet de nouveau journal.

« Les journalistes ont voté pour exiger de la direction que les représentants qu’ils ont désignés puissent participer à la procédure de redressement judiciaire. Nous souhaitons accéder aux informations sur la situation du journal, et avoir voix au chapitre tant sur les projets de reprise que sur les mesures sociales d’accompagnement, pour que ceux qui devront quitter le journal puissent le faire dignement, dans le respect de leurs droits », a déclaré à l’AFP le délégué SNJ-CGT, Jean-Marie Dinh, à l’issue d’une assemblée générale des journalistes au siège du journal.

Lors de cette réunion, à laquelle ont pris part environ 45 journalistes (sur les 75 cartes de presse du quotidien), ces derniers ont également voté pour que la direction « convoque une assemblée générale avec tous les personnels, pour informer de la situation », a ajouté M. Dinh, regrettant précisément le « manque d’informations » de la direction, notamment sur la réalité de la situation financière.

« Il faudra une représentation des journalistes au sein du futur projet, c’est certain. Nous souhaitons préserver l’identité d’un journal à la gauche du PS, pour lequel il y a de vrais perspectives, un journal de réflexion et de débat », a ajouté le délégué syndical.

« Il faut que nous nous +révolutionnions+. Je ne pense pas qu’il faille partir du journal tel qu’il est et lui apporter des modifications, et céder à la seule logique de réduction pure, sans réorganisation ni réflexion. Il faut parvenir à se projeter, tout en conservant notre identité », a encore souligné M. Dinh.

Fondée en 1943 dans la clandestinité, ce que rappelle une exposition inaugurée mardi à Marseille, La Marseillaise s’est déclarée en cessation de paiement vendredi.

Diffusé sur six départements, et employant 213 personnes, le quotidien devrait enregistrer des pertes comprises entre 1 et 1,5 million d’euros en 2014, selon son PDG Jean-Louis Bousquet, après un exercice équilibré faisant suite à un plan de départs d’une quarantaine de personnes.

Il fait état de ventes « 6 à 7 fois moindres que celles de (ses) concurrents, La Provence et Midi Libre » (120.000 exemplaires environ chacun).

Le redressement judiciaire de ce journal, communiste jusqu’en 1997, date à laquelle il a ouvert sa ligne éditoriale, devrait être prononcé cette semaine.

Source : AFP 17/11/2014

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Les luttes qui courent

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Danse. Marcelo Evelin présente Matadouro, une pièce sur la résistance.

Le chorégraphe brésilien Marcelo Evelin est l’invité de hTh et de Montpellier Danse. Il vient présenter son spectacle Matadouro ce soir et demain au Théâtre de Grammont à 20h. Cette pièce est le troisième volet de l’adaptation du roman Os Sertoes (Hautes terres) d’Euclides da Cunha. Dans Sertào, il s’intéressait aux paysages arides du Sertan, dans Bull dancing aux hommes qui le hantaient. Dans Matadouro, le corps devient le champ de bataille, la métaphore de mille conflits.

Vous adaptez une oeuvre d’Euclides da Cunha très connue au Brésil, pourquoi avoir choisi cet auteur ?

Euclides da Cunha est un écrivain et un journaliste qui est parti en expédition avec les forces militaires à la fin du XIXe siècle dans les hautes terres du Nord-Est. Son roman Os Sertoes relate cette mission et la campagne de répression menée par les Républicains contre un mouvement d’émancipation des populations rurales dans l’arrière-pays. Ce fut un massacre jusqu’aux derniers 47 résistants réfugiés dans une église. Personne ne s’est rendu. Le livre est en trois parties, dans la première il décrit une région dont on parle très peu. Un lieu dont il se dégage une force bizarre, mystique. Dans la seconde, il est question des hommes et dans la troisième des batailles. J’aime m’inspirer de références littéraires mais on ne peut pas parler d’adaptation parce que la danse ne le permet pas, c’est vraiment une autre langue.

Comment avez-vous travaillé sur Matadouro ?

C’était en 2008, à Teresina dans une région perdue très loin des élites culturels. Je travaillais sur une programmation artistique dans l’un des théâtres les plus pourris du pays. C’était un moment où nous étions en lutte parce que les institutions nous avait coupé les vivres. Elles voulaient que nous donnions dans le folklorique. On nous a sorti du théâtre pour nous jeter dans un grand garage. Il nous restait un peu de matériel mais je n’étais pas satisfait. Lors des échauffements, je ne voulais pas qu’on fasse du yoga pour évoquer cette résistance perdue, je voulais quelque chose de plus violent. Alors on a commencé à courir. La pièce est devenue minimaliste. Dans Matadouro, la course devient un système dont on ne peut sortir. Même s’il y a des petites divergences qui apparaissent.

Comment ce travail sur la résistance est-il reçu ?

Mes parents me disent d’arrêter de courir, ils craignent pour mon coeur. Parfois une partie du public quitte la salle. Au Brésil certains se sont déshabillés pour courir avec nous. Ici, il se produit une sorte de friction avec des éléments de précarité, pas matériel, la précarité des relations humaines qui se délitent… Au Brésil, on commence à utiliser un autre terme pour évoquer la résistance, qui signifie exister de nouveau…

 

Recueilli par JMDH

Source L’Hérault du jour : 13/11/14

La Marseillaise annonce son dépôt de bilan

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Le quotidien La Marseillaise va déposer son bilan vendredi devant le tribunal de commerce de Marseille, avec demande de mise en redressement judiciaire, a annoncé jeudi la direction de ce journal engagé à gauche.

La société éditrice de La Marseillaise « sera mise sous la protection du tribunal de commerce de Marseille par une déclaration de cessation de paiement, avec demande de redressement judiciaire. La crise économique, doublée d’une crise de la presse et d’une chute brutale de la publicité, nous contraint à cette démarche pour préserver la continuité de notre titre », a indiqué son PDG Jean-Louis Bousquet, dans un communiqué sur le site internet du journal.

« Nous étions quasiment à l’équilibre en 2013 mais nous tablons sur 1 à 1,5 million d’euros de pertes en 2014. Depuis le 1er janvier, nous subissons une forte baisse de la communication institutionnelle, de la publicité et des annonces légales », a précisé M. Bousquet à l’AFP.

Fondée en 1943 dans la clandestinité, La Marseillaise est diffusée sur six départements et emploie 213 personnes, dont environ 75 ont la carte de presse, selon son PDG.

« Ce journal a toujours vécu dans la difficulté. Nous allons adopter un plan de sauvegarde pour tenir le coup. Nous allons en appeler à nos lecteurs, au monde politique, et chercher d’éventuels partenaires », a ajouté M. Bousquet, soulignant que le journal n’était adossé « à aucun groupe de presse ni aucun banquier ».

La Marseillaise « continuera d’exister et restera le journal du Sud qui porte les idéaux progressistes de transformation sociale », a encore assuré son président sur le site internet, à l’issue du comité d’entreprise extraordinaire.

« La direction a cédé à une forme de précipitation, qui nous surprend. Nous avons le sentiment qu’elle passe en force, au mépris du personnel. Elle ne nous a pas donné les informations que nous réclamons, notamment sur l’état du passif et de l’actif, et sur ses objectifs », a regretté de son côté auprès de l’AFP Jean-Marie Dinh, délégué SNJ-CGT, disant néanmoins son espoir dans la « pérennité du titre ».

Le quotidien, longtemps proche du Parti communiste qui a appelé jeudi à la création « d’un comité de soutien » à ce titre ayant « la transformation sociale au coeur », ne publie pas ses chiffres à l’OJD. Il fait état de ventes « 6 à 7 fois moindres que celles de (ses) concurrents, La Provence et Le Midi Libre ».

L’un de ses journalistes, Philippe Pujol, qui a quitté depuis le quotidien, a reçu le prix Albert Londres en 2014.

Source AFP 13/11/2014

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Lettre ouverte au Président de la République des syndicats de journalistes

SNJ et SNJ-CGT

Monsieur le Président,

Les journalistes et leurs organisations syndicales sont mécontents; ils sont en attente depuis des mois de la nouvelle loi sur la protection des sources des journalistes, une des promesses du candidat François Hollande lors de sa campagne électorale.

Un projet, élaboré après plusieurs mois de travail avec les professionnels afin de compléter les dispositions de la loi votée sous le quinquennat précédent, demeure enfoui sur une étagère de l’Assemblée nationale.

La proposition de loi a été gelée peu avant le vote au Palais Bourbon sous pression du ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls.

Les syndicats français avaient protesté à l’époque contre ce mauvais coup porté à la liberté de la presse.

Pour autant, ni le gouvernement Ayrault, ni ceux de Valls, ni le président de la République n’ont jugé utile de remettre sur le bureau de la représentation nationale le texte sur cette disposition essentielle pour le droit des journalistes.

Cette logique refléte-t-elle la volonté de ne pas remettre en cause les coups portés aux journalistes et au pluralisme des medias par Nicolas Sarkozy, l’ « ami » de tous les patrons des grands groupes privés de médias ?

Cette même logique « d’Etat » cacherait-elle d’autres objectifs moins avouables ?

La question vaut d’être posée car aujourd’hui rien n’a été fait pour sérieusement réformer le système des aides à la presse afin de garantir et préserver le pluralisme.

Pire on met en cause le devenir de l’AFP en sacrifiant volontairement la seule agence non anglo-saxonne aux règles du libéralisme (concurrence libre et non faussée), en amputant le budget de France Télévision, mettant ainsi en cause l’emploi de ses personnels et, en conséquence, la qualité de l’information.

Dans ce contexte, les syndicats français SNJ et SNJ-CGT dénoncent l’attaque récente de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles contre nos deux confrères du quotidien Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, en publiant leurs sources supposées.

Cette situation est extrêmement préoccupante. C’est pourquoi à l’occasion de la journée européenne des syndicats de journalistes (DEBOUT POUR LE JOURNALISME) organisée à l’initiative de la Fédération européenne des journalistes (FEJ, 300.000 adhérents), les syndicats français SNJ et SNJ-CGT appellent le gouvernement et les parlementaires  à inscrire le projet de loi à leur agenda, pour qu’enfin notre pays soit doté d’une loi véritablement protectrice des sources, sans laquelle, les journalistes sont en danger et les medias mis dans l’incapacité d’informer complètement les citoyens.

La loi sur la protection des sources des journalistes doit être votée sans plus tergiverser.

Paris le 10/11/2014

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Laisser à l’Etat le monopole de la création monétaire

L'économiste Michel Santi

L’économiste Michel Santi

C’est le brillant économiste Irving Fisher qui fut le premier – dès les années 1930 – à formuler cette proposition dont le point culminant consistait à imposer aux banques 100% de réserves en échange des dépôts de leurs clients. Les épisodes mélodramatiques de paniques bancaires et de ruées des épargnants pour retirer leurs avoirs seraient dès lors relégués aux manuels d’Histoire, car les banques ne seraient plus en mesure de prêter que leurs fonds propres. Les cycles d’activité seraient considérablement lissés et apaisés car les bulles spéculatives seraient comme neutralisées en amont.

Du coup, les déficits publics en seraient progressivement réduits car, d’une part, les États n’auraient plus à dépenser les deniers du contribuable pour renflouer un système financier aussi inconscient qu’ingrat. La stabilisation au long cours de l’activité économique – et donc la pérennisation des recettes fiscales – contribuant d’autre part à redresser les comptes publics.

Les banques ne seraient plus que des intermédiaires financiers

C’est donc l’État qui serait aux sources et au cœur de toutes les transactions monétaires. Les citoyens, consommateurs, et autres usagers conserveraient leurs avoirs au sein de leurs établissements bancaires qu’ils paieraient, en revanche, pour ce service rendu. C’est uniquement les sommes volontairement dédiées par certains clients – privés ou entreprises – à des fins d’investissement qui pourraient être affectées au circuit du financement. En d’autres termes, les banques ne seraient plus que des intermédiaires financiers qui mettraient en relation une somme de créanciers et de débiteurs, moyennant rétribution évidemment. En tout état de cause, les banques ne seraient définitivement plus en capacité de créer de l’argent à partir du néant. Le corollaire étant que les pertes potentielles n’affecteraient que les titulaires de ces comptes d’investissement ayant sciemment pris la décision de financer une entreprise, un ménage ou de spéculer en bourse…

L’Etat pourrait créer de la monnaie pour financer ses propres dépenses

La tâche de création monétaire de l’Etat serait ainsi entièrement mise au service de l’économie et de la promotion de la croissance. Il serait dès lors en mesure de financer ses propres dépenses, au lieu de taxer et d’emprunter. Il aurait la capacité de transférer des liquidités directement en faveur de certains citoyens, voire de rembourser certaines dettes du secteur privé. La soustraction du pouvoir de création monétaire au système de l’intermédiation financière autoriserait donc l’augmentation de la masse monétaire en cas de besoin, mais sans encourager les consommateurs, investisseurs et entrepreneurs de se charger de dettes, et permettrait donc de maîtriser le risque de bulle spéculative. Ce transfert de pouvoir vers l’Etat – et donc vers les citoyens – annihilerait donc de facto les « Too bigs to fail », et stabiliserait immédiatement l’ensemble du système financier qui serait contraint de revoir ses prétentions considérablement en baisse, car il serait privé de ce pouvoir et de ce levier formidables lui ayant été originellement conféré par les Etats.

La création monétaire, un véritable « prérogative thaumaturgique »

N’est-il pas invraisemblable d’avoir – par le biais de la création monétaire – remis nos destinées aux mains d’un secteur privé seul préoccupé (de manière compréhensible) par ses profits, alors que c’est les pouvoirs publics qui devraient être dotés de cette prérogative thaumaturgique ? Stabilisons nos économies et rassérénons ses acteurs en remettant à sa juste place le système bancaire, en le cantonnant au rôle de simple intermédiaire financier. Et ôtons lui ce pouvoir, qui s’est révélé au fil des années et des décennies écoulées, comme un authentique facteur de nuisance pour la croissance. Voire comme un trou noir, où se sont engouffrés les fonds publics soucieux de sauver une infrastructure financière dont on n’a pas arrêté de nous convaincre que son renflouement était le préalable à notre survie économique. Alors que, dans nos pays occidentaux, seuls 10% environ de la totalité des prêts bancaires sont canalisés vers les entreprises et vers la vraie économie, le reste étant destiné aux spéculateurs et investisseurs, bref à cette caste déconnectée des réalités qui génère le gros des bénéfices de la finance.

Bénéfices engrangés précisément grâce à cette faculté de création monétaire, qui doit donc aujourd’hui être du seul ressort de l’Etat. Outre la mise hors d’état de nuire du système financier, un tel changement de paradigme nous contraindrait du coup à considérer les déficits publics et même les impôts sous un autre angle. Pour le plus grand bénéfice de la collectivité.

Michel Santi

Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a conseillé plusieurs banques centrales, après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l’auteur de : « Splendeurs et misères du libéralisme« , « Capitalism without conscience » et « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique« .

Source : La Tribune 10/11/2014,

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