Âme lumineuse sur lame de glace

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Hors Séries. Gisèle Vienne, une Éternelle Idole danse à la patinoire

Il ne fallait pas manquer  le dernier Hors Séries de la saison de Montpellier Danse confié à Gisèle Vienne jeune et prometteuse chorégraphe, metteur en scène et plasticienne vivant entre Grenoble et Paris.

Dès l’ouverture, la mise en espace nous plonge dans un hors temps dont l’esthétique va se graver en trente petites minutes dans un coin immortel et perdu de la mémoire. Le public culturel transposé dans une enceinte sportive pénètre un lieu d’outre monde qui donne à penser aux vues aériennes cotonneuses et froides, ère propice aux origines d’un monde nouveau. L’esprit de l’air cède au rite détourné du sol gelé avec la machine à refaire la glace qui entame son répétitif ballet. Conduit par un chauffeur encapuchonné, l’engin passe et repasse dans l’ombre. Vision d’effroi proche du cinéma fantastique, soutenue par une musique qui fait monter la tension. Mise en condition et participation passive du spectateur, mis en attente des sens. Maintenant le public déraciné, transi, affamé, veut se rassasier.

Sur ce sol re surfacé, parfaitement lisse, paraît Aurore Ponomarenko, patineuse, éternelle idole sortie du mirage sur ses lames. Un jeune corps modèle promis au succès, s’offre aux poursuites.

La patineuse s’élance. Grâce, vitesse, virtuosité, s’effacent par moments pour laisser place à des phases d’absence qui émergent comme des morceaux de vérité, part du comportement rendue tangible par des mouvements qui trouent la représentation attendue. On glisse progressivement vers l’onirisme dans un climat de brume existentielle. Quelques pulsions suffisent pour donner aux mouvements une part d’infini. Le solo charnel incarne tout à la fois le mal de vivre de l’individu fragile, en exil, et la générosité de l’être dans la réalisation consentie des figures imposées et idéalisées.

Dans le troisième et dernier tableau, la glace se peuple de jeunes patineurs enthousiastes. Ceux-ci tournent, s’amusent, s’affrontent dans des jeux variés comme on peut l’observer lors des séances publiques le mercredi.

Dans le sillage de la scintillante idole qui les rejoint, se trace une relation d’espace et de temps intermédiaire qui va progressivement capter le mouvement. L’interaction avec le collectif survient comme un enchantement, une nourriture spirituelle. Et les humains fraternisent comme les oiseaux migrateurs avec l’étoile qui se fait proche. La patineuse danseuse est comparable à un esprit suggère Gisèle Vienne.

La pièce se veut aussi le prétexte d’une réflexion sur l’adolescence. Période où se lient la volonté de perfection mise en lumière et le doute, le manque, la défaillance. L’éternelle idole s’affirme comme une âme incarnée qui transcende.

Les aides à la franc-maçonnerie annulées

L’association des contribuables de l’Hérault vient de remporter une bataille contre les rouages occultes du monde politique local avec la franc-maçonnerie.

Présidée par la conseillère municipale Martine Petitout, l’association avait demandé l’annulation des subventions du Conseil régional et de la ville de Montpellier accordées au Centre culturel montpelliérain qui regroupe des loges maçonniques. Considérant que ces subventions avaient pour objet la rénovation de ladite association et l’acquisition de matériel artistique, le Tribunal administratif vient d’estimer « qu’il ne ressort pas du dossier que l’utilisation de ce bâtiment, qui n’est pas ouvert à la population, réponde aux besoins de la population locale ».

Le jugement annule donc les délibérations du 2 avril 2005 de la commission permanente du Conseil régional accordant deux subventions d’un montant respectif de 15 000 euros et de 45 000 euros et celle de la ville de Montpellier ayant octroyé à la même association deux subventions de 400 000 euros et 43 968 euros.

A la tête de l’association des contribuables de l’Hérault, Martine Petitout s’estime satisfaite. « Le jugement du tribunal administratif rappelle simplement que l’argent public doit être utilisé dans l’intérêt général. Les loges abritées par le Centre culturel montpelliérain, sont très fermées puisqu’on n’y entre que par cooptation, et que certaines sont interdites aux femmes. Ils n’ont pas besoin de nos impôts pour développer leurs démarches spirituelles. »

Les collectivités territoriales ont deux mois pour faire appel, mais le jugement est exécutoire.

L’esprit du libraire dans l’univers ludique

Sauramps. La plus grande librairie de la région diversifie son offre dans la zone commerciale Odysséum. Ouverture prévue en août 2009.

Feu vert pour la librairie Sauramps qui ouvrira en août 2009 les portes d’un nouvel espace de 2 900 m2 au sein de la vaste zone de loisirs d’Odysseum. Le projet cible une clientèle plus importante et différente de celle du centre-ville. Pour faire face à cet enjeu de taille, l’entreprise inscrit son offre dans un univers ludique. « Il n’y aura pas de rayon sciences humaines qui conserve toute sa place au centre-ville, mais un rayon découverte du monde » illustre Jean-Marie Sevestre qui préside à la destinée du beau navire Sauramps.

Le concept se veut novateur. La mise en espace, confiée au cabinet MDR Architecte s’opérera sur deux niveaux. Elle privilégie un cheminement convivial au sein d’une offre culturelle de qualité, sélectionnée et diversifiée. L’entrée devrait abriter un espace presse et s’ouvrir sur un choix de nouveautés concoctées par des libraires. Le reste de l’espace sera divisé en plusieurs pôles, jeux, création, son, décoration, arts de la table… L’espace enfance occupera le centre de la librairie, les nouvelles technologies et le rayon régional tiendront toute leur place. Un espace Show case permettra de prolonger la politique de la maison qui conçoit le livre comme un lieu d’échange. Cette salle à taille humaine (une centaine de places) sera dédiée à l’accueil d’auteurs, aux concerts et à d’autres types de rencontres. L’investissement s’élève à 3 millions d’euros. Il permettra la création d’une cinquantaine d’emplois.

Genèse du projet

La nouvelle a « fuité » plus tôt que prévu. Si bien qu’à l’heure où les pelles mécaniques s’activent aux fondations, on spécule déjà sur la venue de Carla Bruni pour l’ouverture. L’équipe de direction gère la situation en gardant la tête froide.

L »idée a dix ans.  Jean-Marie Sevestre, patron et défenseur engagé des librairies indépendantes, se laisse convaincre par Raymond Dugrand, alors adjoint à l’urbanisme, d’acter une candidature pour s’implanter au cœur du complexe de loisirs et de commerces. Pensé comme extension logique du centre-ville, le projet du centre commercial à l’américaine patine. Il faudra du temps pour lever les réticences cristallisées par la CCI et le Polygone. Avec le concours de l’actuelle maire de Montpellier, les choses entrent dans la complémentarité. Entre temps Sauramps, qui a rejoint le peloton de tête des librairies indépendantes françaises, doit envisager son développement. Elle joue désormais dans la cour des grands et doit faire face à la concurrence des grandes enseignes culturelles qui se partagent avec la grande distribution, 35% des ventes de livres. La librairie réussit sa diversification avec le succès de la papeterie Polymôme, et plus récemment avec l’ouverture d’un espace au Musée Fabre. En 2007 le CA de Sauramps pèse 23 millions d’euros.

L’implantation d’une librairie indépendante dans une zone commerciale de ce type est une première hors Paris. Face aux enseignes culturelles, le savoir-faire et la notoriété acquise ont joué en faveur de l’outsider. A qui revient désormais la difficile mission de tirer l’offre de culture au grand public par le haut.

Jean-Marie Dinh

Odysseum. L’entrée d’une librairie indépendante dans une zone commerciale répond à une demande de la clientèle.

De la passion au pays du pop-corn

Avec 68 000 titres parus en 2006, la vitalité de l’édition n’est plus à démontrer. Le secteur du livre, dit malade, enregistre tout de même une augmentation des ventes, même si l’embellie ne profite pas à tout le monde. Les grandes enseignes progressent ainsi que les grosses librairies. Mais la clientèle boude le réseau secondaire des petites librairies qui peinent à s’adapter au nouveau mode de consommation. En revanche, celles qui se modernisent en ciblant les bons créneaux, parviennent à tirer leur épingle du jeu. Dans ce contexte, l’implantation de Sauramps au pays du pop corn peut donner à réfléchir.

« Lors des premières rencontres avec Icade Tertial, (promoteurs d’Odysséum) j’avais un peu l’impression qu’ils nous rendaient des visites de courtoisie », indique Jean-Marie Sevestre. Jusqu’ici la surface financière des candidats l’emportait sur le contenu de la proposition. Ce système aboutit à une préoccupante normalisation de l’offre culturelle. « Les réseaux centralisent de plus en plus leurs achats alors que dans notre système les gens qui achètent se sont les libraires. »

Pour Odysséum c’est au final l’innovation qui a fait la différence. « Je pense que les gestionnaires répondent à une demande des gens qui en ont marre de trouver les mêmes enseignes partout. Aujourd’hui la clientèle des centres commerciaux souhaite y trouver des indépendants. » Les contraintes imposées par le bail, impliquent néanmoins un nouveau mode d’organisation, un risque aussi, dans le passage environnemental de la passion à la consommation.

« On entre dans un monde qui n’est pas le nôtre », confie Jean-Marie Sevestre avec un brin d’appréhension tout en étant décidé à y insuffler des idées nouvelles.

Jean-Marie Sevestre « on entre dans un monde qui n’est pas le notre. »



Une bibliothèque hors les murs et dans les murs

L’offre de lecture publique est une pierre angulaire de la démocratisation culturelle. C’est peut-être pour cela que l’onde de la société résonne dans le monde des bibliothécaires. Boostés par les nouvelles technologies de l’information, les nouveaux usages du public sont au cœur du questionnement de la profession. A l’air du tout numérique la démarche ne s’avère pas de tout repos, mais le secteur est en même temps plein de vitalité. Avec la montée en puissance des communautés d’agglomération, les médiathèques ont fleuri partout en zone urbaine. La tendance est au regroupement. A une extrémité on peut parler de concentration, avec la centralisation de la gestion. A l’autre bout, on observe une volonté d’adaptation pour faire face à la situation dans un secteur en pleine mutation.

Huit ans après la création de la Médiathèque centrale Emile Zola, l’Agglo de Montpellier s’est, pour l’essentiel, dotée des infrastructures. Elle dispose d’un réseau d’une dizaine d’établissements auxquels viendront s’ajouter les médiathèques de Pérols et Clapiers. Il faut maintenant penser au futur et aborder la dimension du projet. Un plan de modernisation sur 15 ans a été adopté il y a peu. Il devra tenir compte tout à la fois de la chute de la fréquentation, -13% en deux ans, du nouveau mode d’utilisation des visiteurs qui demandent une plus grande amplitude horaire et de la furieuse avancée technologique dans le secteur de l’information.

La problématique est nationale, avec un million d’entrées en 2007, (700 000 pour la seule médiathèque centrale), le réseau de l’agglo n’est pas à la traîne. Il demeure le lieu le plus fréquenté après le cinéma et le zoo du Lunaret. Il a su développer une offre très diversifiée qui va de la ludothèque aux salles d’actualité en passant par le patrimoine et l’offre de formation en informatique. L’aspect technologique n’est pas en reste avec les robots bien utiles qui transportent un tiers des ouvrages dans la vaste bibliothèque centrale, 100m de long sur 35m de large et près de 30m de haut. Les 49 000 abonnés peuvent déjà interroger le catalogue à distance, consulter leur compte pour savoir ce qu’ils ont emprunté. A terme, ils pourront consulter les documents en ligne et même jouer. Une étude sur le système d’information sera lancée cette année pour améliorer tous les services de gestion des sites, ainsi que les services à distance pour répondre aux nouveaux usages.

Lieux de solidarité

La difficulté réside dans la diversité des usages et des publics concernés. Une étude du Credoc démontre que le public qui se rend sur place se compose essentiellement de demandeurs d’emploi, de temps partiel et d’étudiants, en d’autres termes les couches de la population les plus précarisées d’où l’importance du maintien de la solidarité. Les médiathèques sont plus que jamais un lieu de démocratisation culturelle. Le volet action culturelle a accueilli 40 0000 personnes en 2007. Auxquelles s’ajoutent 25 000 scolaires. Des partenariats sont en cours pour travailler avec la cité de la musique et l’orchestre de Montpellier. Cela souligne la vocation de service public de ces établissements.

La modernisation du réseau doit être à la fois technologique afin de développer tous les services externes, et humaine pour mieux conseiller, tout en s’adaptant aux demandes. La phase de réflexion qui débute devra en outre déterminer s’il faut encore construire ou s’orienter vers un service aux citoyens. Mais une autre question entre en jeu, celle de l’élargissement qui conditionne la grandeur du futur territoire de l’Agglo.

Jean-Marie Dinh

Agglo : Transport en flèche la ligne 4 de Tram en tête

tram-1Tous les feux sont au vert pour les transports publics de l’Agglo qui propulse ses investissements en annonçant la création de la ligne 4 du tramway sur un tronçon de 4 à 6 kms. Celle-ci, dont le tracé est à l’étude, devrait rallier la gare St Roch au stade Yves du manoir via le quartier Figuerolles, la Chamberte et Montpellier village. « Nous allons tenter de la construire en même temps que la ligne 3 avec un objectif d’ouverture en 2012 » a annoncé hier le président de l’Agglo sans s’attarder sur le coût et le plan de financement actuellement en discussion. La bonne santé financière de la collectivité qui bénéficie d’un taux d’épargne proche de 20% et d’une capacité de désendettement inférieure à 9 ans, permet d’envisager l’avenir sereinement. « Nos bons ratios financiers permettent l’accès aux crédits de la banque européenne pour le financement de la ligne 4 », souligne le directeur général des services François Delacroix.

Avec 255 000 voyageurs jour sur l’ensemble du réseau de transport, les chiffres de Montpellier indiquent une progression de 15% depuis le début de l’année alors que les chiffres nationaux enregistrent, pour 2006, une augmentation de 4%. La montée en puissance du tram s’avère significative, avec une fréquentation moyenne de 120 000 passagers pour la ligne 1 et 47 000 pour la ligne 2, le réseau de bus assurant pour sa part la prise en charge de 88 000 passagers jour.

La communauté d’agglomération de Montpellier entend renforcer la capacité de la ligne 15 (Pierre de Coubertin-Gare St-Roch) qui patine aux heures de pointe ainsi que celle de la ligne 14 (Léon-Blum – La Pompignane) afin de mieux desservir les établissements scolaires Joffre et Mermoz. Côté amplitude horaire, la prolongation des lignes 1 et 2 du tramway les vendredis et samedis jusqu’à 2h du matin est jugée avec satisfaction par les gestionnaires du service public qui ont mis à l’étude un tramway qui circulerait 24/24. Montpellier by night c’est pour demain !

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Montpellier les Commerçants et l’Os de crapaud, Politique locale Un petit dernier avant les régionales, Gestion des déchets , Un îlot de soleil sous un ciel menaçant, Agglo Jusqu’ici ça va,