Théâtre: Extinction parcours d’une décomposition

Théâtre. Extinction le dernier roman dévastateur de Thomas Bernhard.

Serge Merlin

Le dernier roman de Thomas Bernhard, « Extinction », était cette semaine à l’affiche du Théâtre des 13 Vents  dans une adaptation épurée de Jean Torrent, et une réalisation de Blandine Masson et Alain Françon. Edité trois ans avant la mort du sulfureux écrivain autrichien le texte prend l’allure d’un testament philosophique où s’ouvre béante la blessure d’une jeunesse baignée dans une idéologie nauséabonde. Ce spectacle fut créé dans le cadre d’une lecture radiophonique produite par France Culture en 2009 au Théâtre de la Colline. Le rideau s’ouvre sur une scénographie minimaliste. Assis derrière une table, le comédien Serge Merlin donne à entendre un monologue de 90 minutes interrompu par quelques cartes postales sonores d’où surgissent de placides paysages autrichiens.

Installé à Rome, Murau reçoit un télégramme de ses deux sœurs, lui annonçant la mort accidentelle de leurs parents et de leur frère aîné. Murau se lamente à l’idée de retourner dans le domaine familial de Wolfsegg dont la magnificence, symbolise dans son souvenir toute la monstruosité familiale. Le récit devient un travail où la libération intérieure du fils malvenu, touché au sein de sa propre cellule familiale*, prend une ampleur collective ; celle du rejet d’une Autriche gangrenée par le national-socialisme et le catholicisme. Ce retour contraint aux origines aboutit à une liquidation désespérée de l’héritage sous la forme d’une rédemption symbolique.

L’interprétation  de Serge Merlin joue sur l’exagération chère à l’auteur dans une gestuelle économe qui évoque Artaud. Sur le chemin lucide de son anéantissement, le comédien alterne des sautes d’humeur entre calme et tempête. La systématie du jeu et l’humour plus moliéresque que caustique nuit quelque peu à l’intensité dramatique. Le spectacle aurait sans doute gagné a être joué en petite jauge.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Théâtre,

*Thomas Bernhard (1931-1989) fut  envoyé dans le centre d’éducation national-socialiste à l’âge de 9 ans.

Delphine Vigan au cœur de la mémoire familiale 

Rencontre . L’auteur Delphine de Vigan présente   son livre « Rien ne s’oppose à la nuit » à la librairie Sauramps.

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma soeur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.

La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreuses hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.

Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Dans cette enquête éblouissante au coeur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best seller « No et moi », Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des « Heures souterraines » (2009), traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt.

19 octobre  à 19h : Rencontre avec Delphine de Vigan suivie d’une discussion avec l’auteurà la librairie Sauramps.

« Rien ne s’oppose à la nuit », éditions Lattès

Voir aussi : Rubrique Livre, rubrique littérature française, Les épuisés de la vie font recette,

Rencontre Fred Vargas : Combat, amour et dépendance

Entretien avec Fred Vargas dans le cadre du Festival du Roman noir de Frontignan (FIRN) cet été où l’écrivain est reparu au terme d’une longue absence dans les festivals. Il émane de l’écrivain, une puissante détermination et une grande sensibilité qui ne vient pas la contrarier. Considérée comme la reine du polar français, l’auteur figure sur la liste des romanciers qui vendent le plus.

Traduite dans plus de quarante pays, elle est reconnue et encensée par ses lecteurs, mais comme Maria Vargas dans La Comtesse aux pieds nus, ne se laisse pas bercer par l’idylle qui la noue au succès.

La rencontre s’est tenue sur un coin de table peu après la libération de César Battisti dont l’auteur s’est fait l’ardente défenseuse à l’ombre des frasques médiatiques. Au moment de l’entretien, Fred Vargas ne tenait pas à aborder cette affaire pour préserver l’intégrité physique de l’auteur italien qui venait d’être libéré au Brésil.

Elle évoque son rapport avec ses personnages, notamment la psyché de l’intuitif commissaire Adamsberg en prise avec l’âme noire des cavaliers terribles dans son dernier livre, L’Armée furieuse.

César – A quoi tient votre absence des festivals ?
Fred Vargas – Depuis quelques années, je ne me rends plus dans les festivals. Je ne me sentais pas le cœur à participer à des festivités. Le FIRN, c’est différent. C’est une affaire d’amitié, de solidarité affective et de politique littéraire. Ici, c’est particulier. Je ne dirais pas qu’on y est bien accueilli parce que c’est plus fort que cela. C’est un peu la famille. Je me sens à l’aise. C’est amicalement doux.

On connaît votre combat en faveur de César Battisti que vous accompagnez d’une grande discrétion médiatique. Pourquoi choisir l’engagement privé plutôt que celui de l’auteur reconnu ?
Je ne suis pas une militante et la notoriété s’avère parfois à double tranchant. Je me suis engagée dans cette bagarre politique depuis quatre ans. Parfois le pouvoir politique agit sur les hommes de manière injuste.

Depuis mon enfance, j’ai toujours été sensible à l’injustice et à la cruauté. Il y a des choses qui croisent le chemin de votre vie sans que vous sachiez pourquoi. Et puis on se retrouve dans une situation qu’il faut gérer. Quand je commence un travail, il faut que je le finisse. Je me suis impliquée dans cette affaire, et cela m’a pris un certain temps.

La récurrence des héros de roman noir est-elle une dépendance ?
Nous allons aborder cette question difficile lors d’une table ronde. Je n’y ai pas encore répondu. Cette récurrence est à la fois un réconfort et un risque de dévotion par rapport à son personnage.

C’est ni plus ni moins différent qu’avec les gens que l’on aime dans la vie. J’aime les organisateurs de ce festival et cela crée une forme de dépendance avec eux. Le petit-déjeuner que l’on apprécie le matin est-il une dépendance ? Cela se passe un peu comme ça avec mes personnages. J’essaie de combattre la récurrence en créant des personnages nouveaux.

Ce n’est pas si confortable. Lorsque vous faites dix livres avec les mêmes personnages, il faut trouver de nouvelles histoires qui imprègnent leur vie. Vos personnages vous habitent affectivement. Vous avez envie de les retrouver. Il arrive aussi que le héros évolue de lui-même, et pas toujours dans le bon sens. Je pense qu’Adamsberg devient de plus en plus placide. Il adopte une manière d’être très personnelle. Je lui envie sa capacité contemplative, sa façon de vivre les choses sans anxiété. (Elle allume une cigarette.)

Qu’est ce que cela vous inspire ? (Désignant l’image répulsive sur le paquet avec la légende « Fumer tue »).
A l’étranger, on utilise depuis longtemps les images les plus atroces à des fins pédagogiques. Au Brésil, une fois, j’étais derrière un homme à qui on venait de donner un paquet sur lequel était mentionné l’effet nocif du tabac sur la virilité. Il l’a rendu au commerçant en demandant : « pouvez-me donner celui qui donne le cancer ? »…

Dans L’Armée furieuse, vous jouez sur un double registre à plusieurs intrigues. Comment avez-vous abordé cette structure complexe où se mêlent superstition et enquête rationnelle ?
J’avais mon intrigue qui se déroulait à peu près comme je l’avais prévue. Dans ce livre, il y a une histoire en mode majeur et une petite thématique qui passe derrière ; le chœur de l’orchestre, c’est la légende de L’Armée furieuse.

Et d’un coup, je vois Adamsberg (commissaire zen sans véritable méthode d’investigation – ndlr) qui marche avec désinvolture dans la forêt, puis je vois une vieille dame assise sur le sentier. Il va dormir chez elle. Vous pourriez peut-être m’informer, je me suis dit. Je n’avais pas idée de où cela m’entraînerait.

Une partie de l’histoire se fait en écrivant. Des personnages arrivent, je les vois arriver, je les suis un moment et je parviens quelque part. Il faut laisser de la souplesse, c’est ainsi qu’a émergé l’histoire du pigeon. À un moment, bien sûr, l’histoire se termine. Il faut boucler avec tous les personnages.

C’est un exercice qui m’est assez difficile. J’aimerais faire des thrillers bien carrés, mais je n’y parviens pas. A chaque fois ça prend le chemin de l’école buissonnière.

C’est à cause d’Adamsberg ?
Sans doute, ce qui lui arrive le désorganise. Il laisse les choses se faire constamment. Et les rêves entrent comme par les portes battantes du saloon. Il n’a pas peur de l’arrière de son cerveau. Il ne se connaît pas lui-même et je ne le connais pas vraiment non plus.

C’est un type qui arrive à laisser monter les choses comme de l’eau, vous voyez ? Dans le livre, il est en prise avec son fils adoptif. Celui-là, j’ai peur qu’il devienne comme son père. Lui non plus, je ne le connais pas. Je le suis un peu selon les principes des contes à catharsis dans un univers indéterminé dans le temps et l’espace, magique, car tout peut y arriver.

Vous agissez de même avec la conscience de vos personnages secondaires ?
Je crois. J’aimerais que Danglard arrête de boire et puis il descend à sa planque et il le fait. Je ne suis pas d’accord. Est-ce que c’est une dépendance de regarder vivre ses personnages secondaires ?

Je m’y attache. C’est le cas avec les membres de la famille Vendermot : je les aimais bien. Mais je n’en dis pas plus pour ne pas donner de repères aux lecteurs. Je les respecte.

Propos recueillis par Jean-Marie Dinh  (Cesar)

Titulaire d’un doctorat d’Histoire, sur La peste au Moyen-Âge, ex-chercheuse au CNRS, elle est spécialiste d’archéozoologie et a travaillé sur des chantiers de fouilles archéologiques. Ces dernières années, ses livres se sont vendus entre 500 000 et 1 million d’exemplaires. Elle a été récompensée de nombreuses distinctions. Son dernier ouvrage, L’Armée Furieuse est publié aux Editions Viviane Hamy.

Voir aussi : Rubrique Livre, rubrique  Roman noir, rubrique Rencontre,

La conférence de Christophe Pellet mise en scène par Stanislas Nordey

Stanislas Nordey, La Conférence. Photo Giovanni Cittadini

Par Jean-Marie Dinh

Ce ne sera pas comme le dit Stanislas Nordey, dans la première phrase de la pièce, « une erreur fatale de donner cette Conférence dans une entreprise culturelle française », mais une exception. Le Théâtre des 13 vents, dirigé par Jean-Marie Besset, est en effet à ce jour le seul CDN à avoir programmé ce texte de Christophe Pellet couronné grand prix de littérature dramatique en 2009. Cette séance inaugurale met en scène un auteur français à bout qui se lâche sur « la médiocrité » de l’institution théâtrale française et l’esprit français qui le détruit.

Dans une scénographie tricolore frontale, type meeting nationaliste, la performance d’acteur de Stanislas Nordey nous emporte dans une dualité hypnotique ou la hardiesse de l’acteur et du spectateur qui accepte de le suivre, s’émancipe de la représentation. Dans la salle à jauge réduite, la fièvre surgit du corps du comédien et les murs du théâtre s’effritent par la force de la parole. Dénonçant notamment les entreprises culturelles comme « lieux de perdition pour l’esprit et la beauté », ce texte, nous arrive comme un coup de poing.

Le monologue époustouflant  dépasse le stade de l’aigreur comme il franchit le périmètre du microcosme théâtral français qui en prend pour son compte. On touche aux questionnements profonds qui fondent l’honneur, le bon goût et l’attachement à la nation française. Le vrai l’emporte sur le faux, (ce qui nous reste inaudible), dans ce voyage lucide proche du point de bascule. On reconnaît la voix de souffrance, celle de la poétique de l’excès qui vous rend « irrécupérablement » génial ou simplement  méprisable.

Ce soir à  à 19h, rens : 04 67 99 25 00

 

Trois questions à Christophe Pellet

Dans quel contexte avez-vous écrit ce texte qui aurait pu être une contribution intéressante au débat sur l’identité nationale ?

Vous pensez ? Je l’ai écrit en 2005. Ce n’est pas un texte contre le théâtre mais contre le travail et la hiérarchie. Je me rends à l’évidence : fondamentalement, l’homme n’est pas fait pour travailler. J’ai écrit du théâtre, sur l’aliénation du travail, parce que c’est mon métier. Une amie hôtesse m’a dit : ce que tu racontes dans La Conférence, je le vis à Air Inter. Chacun devrait écrire sa conférence, les profs, les médecins, les cadres de France Télécom…

Le texte ne se limite pas à l’aliénation professionnelle, il questionne aussi l’esprit français sur lequel la politique culturelle théâtrale rayonne ?

Dans la pièce, le personnage fait feu de tous bois. Il est un peu excessif quand il dit qu’au XXe siècle les Allemand se sont inspirés de l’esprit français pour le conduire au point de non-retour, même si cela étaye le propos de certains historiens. C’est de la provocation. Je me provoque moi-même en écrivant. Mais ce n’est pas gratuit cela correspond à la souffrance que je ressentais à ce moment. Ce que je dis des Centres dramatiques nationaux, je ne l’aurais pas écrit aujourd’hui, parce qu’ils sont en danger et ça m’embête d’apporter de l’eau au moulin.

Le fait d’avoir vécu à Berlin, vous a-t-il permis de prendre la distance qui nourrit votre implacable lucidité sur la domination et la dangerosité des entreprises culturelles d’Etat ?

La mise à distance permet de sortir de l’aveuglement. La France regorge de figures artistiques dont le commerce nous assomme et le conformisme institutionnel nous empoisonne. Berlin offre un espace privilégié pour les artistes. C’est une ville  en mouvement permanent. Il y règne une atmosphère libertaire. La conférence  est une critique terrible. L’appropriation remarquable de Stanislas Nordey l’enrichit. Mes autres pièces sont plus utopiques, La conférence, c’est le texte le plus nihiliste que j’ai écrit. »

Voir aussi :  Rubrique Politique culturelle, rubrique Théâtre,   rubrique Rencontre, Olivier Poivre d’ArvorJérome Clément, rubrique Littérature,

Ce ne sera pas comme le dit Stanislas Nordey, dans la première phrase de la pièce, « une erreur fatale de donner cette Conférence dans une entreprise culturelle française », mais une exception. Le Théâtre des 13 vents, dirigé par Jean-Marie Besset, est en effet à ce jour le seul CDN à avoir programmé ce texte de Christophe Pellet couronné grand prix de littérature dramatique en 2009.

Cette séance inaugurale met en scène un auteur français à bout qui se lâche sur « la médiocrité » de l’institution théâtrale française et l’esprit français qui le détruit.

Dans une scénographie tricolore frontale, type meeting nationaliste, la performance d’acteur de Stanislas Nordey nous emporte dans une dualité hypnotique ou la hardiesse de l’acteur et du spectateur qui accepte de le suivre, s’émancipe de la représentation. Dans la salle à jauge réduite, la fièvre surgit du corps du comédien et les murs du théâtre s’effritent par la force de la parole. Dénonçant notamment les entreprises culturelles comme « lieux de perdition pour l’esprit et la beauté », ce texte, nous arrive comme un coup de poing.

Le monologue époustouflant dépasse le stade de l’aigreur comme il franchit le périmètre du microcosme théâtral français qui en prend pour son compte. On touche aux questionnements profonds qui fondent l’honneur, le bon goût et l’attachement à la nation française. Le vrai l’emporte sur le faux, (ce qui nous reste inaudible), dans ce voyage lucide proche du point de bascule. On reconnaît la voix de souffrance, celle de la poétique de l’excès qui vous rend « irrécupérablement » génial ou simplement méprisable.

JMDH

y Ce soir à 20h30 demain à 19h, rens : 04 67 99 25 00

David Vann « Désolations » : Dernière frontière sur les bords du lac glaciaire

Rentrée Littéraire : David Vann l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis 2010, est à Montpellier aujourd’hui où il dédicacera son second roman traduit en français Désolation à la librairie Sauramps. L’écrivain participera à une rencontre en partenariat avec le Festival du roman noir de Frontignan (FIRN) dont il était l’hôte en juin dernier.

Les lecteurs du premier opus de l’auteur américain retrouveront dans Désolation le climat géographique où l’auteur a passé son enfance. L’Alaska dont la puissance prend le pas sur l’Homme. Dans les romans de David Vann, la force de l’environnement présente à chaque page, semble nourrir la volonté désespérée des personnages qui confrontent leurs faiblesses aux forces gigantesques de la nature. David Vann fonde ses fictions à partir d’histoires qui l’ont touché personnellement. Dans Sukkwan Island il partait du suicide de son père qui a marqué à jamais son enfance.

Un homme en profonde dépression vend son cabinet dentaire et débarque sur une île déserte perdue au Sud de l’Alaska. Son fils de treize ans qui préférerait rester en Californie, l’accompagne pour limiter les dégâts. L’ado pressent que cette renaissance improvisée tire vers l’exorcisme et risque de finir par le suicide de son père. Seul face à la nature, il doit le porter  à bout de bras. Au milieu du livre tout bascule…

Gary entraîne sa femme dans une quête perdue

La matière littéraire de Désolation procède du même cheminement. David Vann évoque cette fois la mère de la seconde femme de son père qui a tué son mari après qu’il lui ait annoncé qu’il allait la quitter. L’auteur, se livre au récit factuel d’Irène et Gary, un couple au bout des désillusions après trente ans de vie commune. Gary entraîne sa femme dans une quête perdue. Il a pour obsession de construire une cabane de ses mains pour  aménager avec sa femme sur un petit îlot coupé du monde alors que s’annonce un hiver terrible.

Le roman suit la ligne drammaturgique du tronc sur la rivière, dont on sait  qu’il va se faire caïman. La relation du couple est gelée.  Irène  a conscience du mensonge dès le début. Elle est torturée en permanence par d’inexplicables migraines. A la recherche d’un  destin qui lui échappe, son mari s’aveugle dans un rêve de petit garçon. La tragédie familiale prend son temps. On suffoque dans l’espace immense. L’auteur du bout de l’Amérique décrit  la nature pour mieux faire apparaître ses personnages. Ils s’y confrontent avec une capacité perdue à être spirituelle. Passée une certaine limite, le retour en arrière est impossible suggère David Vann.

Jean-Marie Dinh

Désolations , éditions Gallmeister, 23 euros
Rencontre avec l’auteur à partir de 18h chez Sauramps entrée libre.

Voir aussi : Rubrique LivreRoman noir, Littérature Anglo-saxonne,