CDN Montpellier. Valeurs de l’hospitalité et de l’accompagnement

Nathalie Garraud et Olivier Saccomano entrent dans leur fonction au CDN.  Photo JMDH

Nathalie Garraud et Olivier Saccomano entrent dans leur fonction au CDN. Photo JMDH

Théâtre
Nommés par Audrey Azoulay dans des conditions un peu tendues de la succession à Rodrigo Garcia au CDN de Montpellier, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano présentent un projet innovant et se tournent résolument vers l’avenir.

Nathalie Garraud est metteur en scène, Olivier Saccomano, est auteur dramatique. Ce duo, entré en fonction en janvier, pilote désormais le Centre National Dramatique de Montpellier. Ils sont plutôt jeunes et exposent les idées directrices de leur projet avec une fraîcheur qui semble tenir à la fois de la réflexion et de la spontanéité artistique.

« On travaille en troupe depuis douze ans, explique Nathalie Garraud, La troupe, cela signifie que nous avons développé un processus de création où l’on avance chacun dans notre pratique ensemble, acteur, metteur en scène, auteur, techniciens, plasticiens associés… Nous sommes très heureux d’être ici. Cette notion de troupe est pour nous une pierre angulaire du projet que nous allons mettre en oeuvre au CDN de Montpellier avec les habitants du territoire , les artistes, et tous les partenaires de la région.»

Visiblement, l’expérience a déjà commencé avec l’équipe du CDN de Montpellier. « Les réunions pour clarifier les modes de fonctionnements et les rapports de travail se succèdent dans un climat convivial et collaboratif », confie une membre de l’équipe.

Défendre le travail dans la durée
Un des axes clé du projet, déjà impulsé avec la Compagnie du Zieu qui travaille sur des cycles de création, consiste à rompre avec le rythme du circuit de diffusion théâtrale qui tant à imposer un modèle de consommation de spectacles. Un modèle qui contraint fréquemment les artistes à créer des pièces sans leur permettre de les jouer, et donc de faire connaître leur travail ce qui rend aussi difficile le contact entre public et artiste.

Le projet  de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, entend appréhender cette problématique en usant d’un autre rapport au temps. « Politiquement, la question centrale  à défendre c’est la durée, explique Olivier Saccomano, nous avons conçu le projet afin qu’il permettre un rapport aux oeuvres et à la dimension artistique, qui sera portée par des artistes avec lesquels nous nous associons dans la durée

La saison prochaine la troupe ne proposera pas de création. En revanche elle tournera avec deux spectacles déjà conçus (Othello variation pour trois acteurs et Ceux qui grondent, un spectacle de petite forme jeune public.) sur tout le territoire, dans des théâtres, des Maison pour Tous, et d’autres lieux comme les établissements scolaires, les prisons, les maisons de retraite…

Zone de rencontres
Pour construire cette programmation d’un nouveau genre la troupe du CDN s’appuie sur plusieurs artistes associés qui seront accueillis dans la durée. A raison d’une équipe artistique par mois qui présenteront plusieurs pièces sur deux semaines et s’emploieront à accompagner leur expression sur le territoire en allant à la rencontre du public ou à travers les dispositifs d’éducation artistique.

Parmi les artistes impliqués on attend Marie Lamachère dont le théâtre engagé s’inscrit dans le réel, l’auteur Dieudoné Langouna, Directeur artistique du festival Mantsina sur scène à Brazzaville, Ema Dante, auteur et metteur en scène sicilienne qui pratique un théâtre social d’avant-garde, le collectif théâtral libanais Zoukak, le professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre Olivier Neveux, et l’artiste plasticienne chorégraphe Mylène Benoit.

Pour le duo fraîchement nommé à la tête d’un pilier de la politique publique en faveur de l’art dramatique, « la responsabilité est aussi, celle d’inventer

JMDH

Comprendre le monde au Théâtre La Vignette

La jeune équipe du Théâtre de La Vignette Crédit Photo Dylan Lormeau

La saison du Théâtre universitaire de La Vignette s’établit sur la route dans le mouvement de notre temps.

La poésie lors d’une nuit, d’un voyage urbain visuel et sonore sur les pas de l’écrivain Murakami, c’est à cette invitation de l’artiste marionnettiste Paulo Duarte, où le réel craque, et notre perception s’altère, - un spectacle précédé de la pièce sensible et fragile de Renaud Herbin et Célia Houdart La vie des formes - que s’est ouverte la saison du théâtre universitaire La Vignette. Il a fallu ajouter une représentation sur les deux déjà prévues. Au total 400 personnes ont assisté à ces représentations, plutôt rare pour un spectacle de marionnettes contemporaines...

« Nous profitons de notre implantation au cœur de l’université Montpellier 3, commente le jeune directeur du théâtre Nicolas Dubourg. L’éthique de la recherche, cela correspond à l’indépendance, la soif de découverte. La Fac, c’est un lieu, une institution où évolue la communauté universitaire. Un théâtre, c’est un lieu où se posent les questions d’aujourd’hui. Un théâtre dans l’université permet de réaffirmer la position éthique de l’université au sein du monde contemporain. »

La couverture du programme de la saison marque un instant sur une route pluvieuse avec un grand ciel où la quantité de lumière s’exprime en niveaux de gris. Elle tient lieu de fil.

« Cette saison ne s’est pas constituée en fixant une ligne. Elle est le fruit d’un itinéraire Arles, Marseille, Toulouse, Barcelone, Beyrouth, la Suisse... Le fruit d’un voyage, de rencontres d’un auteur à l’autre. Si quelques thèmes, peuvent émerger, comme celui de l’exil, de la dissolution de l’individu dans la ville, de questions aussi comme celle des moyens d’action dans une société métropolisée qui s’atomise ? il n’y avait aucun pré requis en amont, les choses se sont établies en route. »

L’art transforme la tristesse

On peut s’enquérir de savoir de quelle manière le théâtre renouvelle ses formes mais il est inutile de se questionner sur sa santé, semble dire Nicolas Dubourg lorsqu’il souligne : « Les artistes se posent exactement les mêmes questions que tout le monde. Ils ont les mêmes préoccupations, lisent la même presse... Ce qui ne les empêche pas de rire, de trouver des choses belles même dans le sordide. Comme l’ont démontré, Tàpies, Goya, ou les pratiquants du clair obscur, l’art peut transformer le noir en beau. L’approche artistique éclaire nos problèmes quotidien sous un jour nouveau. »

La programmation nous entraînera du Liban à la Suède en passant par la Syrie avec la pièce documentaire de Chrystèle Khodr et Waël Ali Titre provisoire où se mêle la petite et la grande histoire. L’auteur Italienne Lucia Calamaro viendra présenter Tumore, itinéraire d’une malade en fin de vie où le tragique se transforme en ironie. Julie Kretzschmar proposera Tram 83 une adaptation de Fiston de l’écrivain congolais Mwanza Mujila. Avec Hospitalités, l’artiste et metteur en scène suisse Massimo Furlan suggérera une solution humaniste au problème de l’augmentation des prix de l’immobilier.

Sans délaisser les compagnies de la région, on pourra voir Les pièces vénitiennes mis en scène par Julien Guill, et le second volet de La beauté du geste, de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, (les nouveaux directeurs du CDN), la programmation internationale représente 40% de la saison. Les spectacles sont suivis d’analyses et de rencontres en collaborations avec les chercheurs qui s’approprient de plus en plus l’outil. Scène conventionnée pour l’émergence et la diversité, La Vignette contribue au développement de la pensée critique, apanage d’un théâtre libre lié à notre destin commun.

JMDH

Source La Marseillaise

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Le théâtre maintenant en question

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Les récits se frottent aux actes, comme les masques aux visages JL Fernandez

Nathalie Garraud, metteure en scène, Olivier Saccomano auteur, et la cie Du Zieu présentent : L’instant Décisif, premier volet du triptyque La beauté du Geste au Théâtre La Vignette.

Basée en Picardie, la troupe a pour habitude de travailler sur des cycles de création en privilégiant l’oeuvre au produit. Car au théâtre aussi, celui-ci s’impose parfois au détriment du reste. Le théâtre c’est ce reste. Les hommes et les femmes qui le pratiquent et le public – sans distinction de genre, d’âge ou d’identité culturelle – qui s’en nourrit.

Le premier rendez-vous de La  beauté du geste se nomme L’instant décisif. Une pièce qui décrit la genèse d’une pièce en un instant unique dépeint par le photographe Henri Cartier-Bresson comme le moment à saisir «qui vient de naître et de mourir sous ses yeux

Pour les comédiens cela correspond aux premiers pas de l’acteur sur le plateau. L’entrée dans la lumière publique, – vécue comme une morsure -, est à distinguer de la clairvoyance. Particulièrement dans le contexte actuel où le spectacle aveugle les valeurs ancestrales du théâtre. A cet égard, la scénographie basée sur un dispositif bi-frontal appuie efficacement la volonté de transparence, comme l’ingéniosité déployée autour des éléments du décors  (porte  transformée en pierre tombale,  insecticide en machine à pluie, morceau de fresque transportant La Lutte de Jacob avec l’Ange de Delacroix…) qui répudient toute tentation de simulacre.

La Cie Du Zieu fonctionne comme un laboratoire permanent délibérément ouvert qui associe le travail de mise en scène, d’auteur, avec celui des comédiens et des techniciens. Une place de choix est réservée à l’improvisation et au public, avec qui l’échange s’instaure à l’issue de chaque représentation pour renouveler la capacité d’invention.

Retour aux  sources
La beauté du geste traite du rapport entre l’action théâtrale et l’action politique. Qu’advient-il de cette beauté dans le monde qui est le nôtre ? Situation d’Etat d’urgence, d’urgence historique où les artistes germent comme des graines dans une terre noire et réitèrent le questionnement de Vitez : « où en sommes-nous de la chaîne immémoriale des rôles ? » avec la volonté de se maintenir dans l’exercice de leur métier, le jeu, l’action, les impasses, l’épreuve du désastre, la grâce fragile qui offre une véritable fraîcheur à la pièce.

Projeté dans ce laboratoire contemporain Hamlet peut souligner la violence d’une élection présidentielle, comme il peut réveiller à travers l’art la chaîne immémoriale des vivants…   Et comment faire barrage aux fauteurs de trouble qui interrogent le monde à partir du théâtre ?

Jean-Marie Dinh

La Cie du Zieu propose un stage comédien et dramaturgie en présence des artistes Samedi 18 mars & dimanche 19 mars de 10h à 16h00 sur inscription (tout public – aucun pré-requis nécessaire) contact@theatrelavignette.fr

 Source : La Marseillaise 18/03/2017

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