Cinéma : Casanégra un regard sans fard sur le Maroc

Film noir dans une ville blanche

Dans le cadre de la collaboration avec les exploitants privés, le Festival du cinéma méditerranéen transfert une partie de sa programmation dans les cinémas de la ville et labellise certains films qui restent à l’initiative des exploitants. C’est le cas du film CasaNegra du réalisateur marocain Nour-Eddine Lakhmari actuellement sur les écrans du cinéma Diagonal. Un regard sur le Casablanca d’aujourd’hui, très loin des clichés touristiques et du film de Michael Curtiz. Personnage principal du film, la ville blanche se retourne pour montrer son sombre visage à travers le destin d’Adil et Karin. Deux jeunes passablement désillusionnés qui vivent de petites combines et appellent la rupture. L’un d’eux pense avoir trouvé la solution en achetant un visa pour partir en Suède. Avec 350 000 entrées au Maroc, le film est un véritable phénomène de société. « Ce n’est pas un film social. J’ai voulu montrer le comportement humain de deux jeunes garçons qui souhaitent accéder à la liberté dans un environnement qui la leur refuse. Ce n’est pas un film politique, les gros sujets comme les années de plomb, ou la situation de la femme au Maroc ne m’intéressent pas. Ce qui me passionne c’est la condition humaine. La vie des marginaux, comment des antihéros peuvent devenir des héros », expliquait le réalisateur la semaine dernière à l’occasion d’une projection en avant-première. Produit avec le soutien du centre cinématographique marocain, le film a été choisi pour représenter le Maroc aux Oscars.

Fils spirituel marocain de Scorsese, Nour-Eddine Lakhmari importe avec succès les codes du film noir au bord de la grande bleue. « Dans mon enfance, le seul moment où on vivait c’était au cinéma. J’étais copain du machiniste et je récupérais les chutes de films que l’on montait et que l’on se projetait entre copains. C’est à cette époque que j’ai été saisi par le pouvoir de l’émotion du cinéma. Il y avait beaucoup de films indiens. Un jour, j’ai vu Taxi driver. C’est le film qui m’a vraiment déclenché. » L’atmosphère qui règne dans CasaNegra le démontre.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Médias presse censurée

Soumaila Koly : « La culture africaine d’aujourd’hui est essentiellement urbaine »

La nuit de la vérité de Fanta Régina Nacro (Burkina Faso 2004)

La nuit de la vérité de Fanta Régina Lacro Burkina Faso 2004

Quilombo regards sur les cinémas d’Afrique et de la diaspora noire. La terre tourne, l’énergie citoyenne aussi, dans les veines du réalisateur Soumaila Koly réalisateur délégué à la manifestation.

Pourquoi ces rencontres ?

« Nous souhaitons mettre l’accent sur des visions différentes en ne proposant pas une seule lecture des choses à nos concitoyens. Ce que permet l’expression cinématographique à la différence du petit écran. Ces rencontres permettent une ouverture, parfois une confrontation dans un nouvel espace. Il m’est arrivé d’être choqué par la vision de certains spectateurs mais il faut accepter les différences de point de vue pour que le dialogue s’établisse. Paradoxalement nous montrons des images mais nous cherchons à libérer la parole.

Les vertus du cinéma facilitent-elles cette circulation ?

Au moment où nous plongeons dans une crise de sens sans précèdent, le cinéma résonne et fait miroir. En tant que cinéphile, j’ai vu beaucoup de films. Certains dont l’action se déroule à l’autre bout de la planète m’ont permis de relativiser ce que je vis ici. Le cinéma est une passerelle formidable.

Comment organiser un tel événement avec un si petit budget ?

Nous sommes soutenus par la Ville de Montpellier et l’Agglomération à travers son réseau de médiathèques. Nous avons également des partenaires pour la diffusion comme le Diagonal et les salles d’art et essai. Le ministère des Affaires étrangères souvent associé à la production de films africains nous cède les droits de certains films. Il y a aussi des producteurs qui jouent le jeu pour faire connaître le cinéma africain.

Comment se porte le cinéma africain ?

La situation du cinéma est catastrophique en Afrique. Parce que le cinéma s’appuie généralement sur une industrie ou c’est un art soutenu par l’Etat, comme en France où il a longtemps été l’étendard de la culture française. Il est difficile de parler d’industrie cinématographique en Afrique et tout aussi compliqué de trouver des Etats qui soutiennent leur culture. Les réalisateurs sont contraints d’entreprendre des aventures individuelles.

En a-t-on fini avec la décolonisation ?

La distribution des films continue d’être assurée par des compagnies étrangères. Il y a aussi des soutiens des Etats du nord. Ce qui permet à quelques films de faire surface. Mais les guichets de financements institutionnels ont certaines attentes. Celles d’un cinéma qui parle de la culture traditionnelle marche ici mais intéresse peu les Africains.

Emerge-t-il des thèmes nouveaux ?

On fantasme beaucoup sur les films ruraux alors que l’Afrique d’aujourd’hui est essentiellement une culture urbaine. En Afrique, la nouvelle donne provient du numérique. Cela permet l’émergence de jeunes réalisateurs qui réalisent des fictions sur la société contemporaine. Ils filment en HD. Les films sortent en vidéo et sont ensuite copiés. Un pays comme le Nigeria produit 1 000 films par an qui circulent sur tout le continent. Le documentaire m’apparaît aussi très porteur. C’est le cinéma du réel qui est en train de trouver son ton. »

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Multiplexe : Gilles Debetz dévoile son projet

Comment est parti ce projet de Multiplexe au Nord de Montpellier ?

Je travaille dessus depuis cinq ans. L’arrivée des multiplexes nous a fait perdre 50% de notre chiffre d’affaires au centre-ville. Pour être compétitif, il fallait s’agrandir. Nous avons essayé de racheter le garage Citroën du centre-ville, mais cela n’a pu se faire. J’ai aussi rencontré les acteurs pour une implantation à Juvignac puis nous nous sommes tournés vers St Gély où les conditions d’implantation nous ont paru plus favorables.

En termes financiers ?

Non, dans les deux cas on nous accordait des facilités pour l’emplacement mais il n’y a pas de soutien financier particulier. C’est l’implication de la communauté de communes du Pic St Loup et le résultat de l’étude marketing qui ont fait la différence. Le coût global est de
9 millions d’euros. On attend entre 400 000 et 500 000 spectateurs dès la première année.

Avec un fauteuil pour 29 habitants, l’Agglo se situe déjà au-dessus de la moyenne nationale. D’où viendra votre clientèle ?

D’un périmètre qui va des quartiers nord de Montpellier, s’étend de Vailhauques à Ganges et revient en passant par Castelnau. C’est un bassin de population qui concerne plus de 100 000 habitants. Les études réalisées dans cette zone indiquent que près de 50% des spectateurs ne vont plus au cinéma parce que c’est trop loin de chez eux. La création du Multiplexe Royal augmentera le nombre de spectateurs. Il faut aussi tenir compte de la croissance démographique. Enfin, et c’est un point important, nous comptons sur la qualité du service et de l’offre que nous allons proposer.

Votre projet qui émane de la chaîne Aubert, veut se distinguer des Multiplexes classiques ?

Cela fait 43 ans que je travaille dans le cinéma. J’ai commencé au Gaumont Palace de Clichy. Je vais souvent voir des films à Paris en tant que spectateur lambda, mais je ne fréquente pas les multiplexes parce qu’on ne s’y sent pas bien. Le pop-corn, les jeux, le bruit, les spectateurs qui sortent par les portes de secours, tout cela ne correspond pas à ma vision du cinéma. A Saint-Gély, nous allons construire un endroit où les gens auront plaisir à se retrouver. Il y aura notamment une grande salle de 600 places où nous organiserons des soirées à thèmes, des expos et des retransmissions de concerts en direct comme nous le faisons déjà. Le 9 décembre ce sera le concert d’Elton John à Paris.

Reste que la multiplication des salles ne joue pas en faveur de la diversité de l’offre ?

Je ne programmerai pas des films expérimentaux, mais je ferai de l’art et essai. Il y a un créneau à Montpellier pour cela, comme pour les œuvres en version originale. Aujourd’hui, il est fréquent que les distributeurs nous refusent des VO à cause de notre taille. Ce qui n’a pas de sens. On se retrouve avec deux versions françaises au centre-ville. Alors que le public me demande de la VO. Je suis le premier exploitant à avoir signé un contrat avec Gaumont pour projeter des classiques français en version originale numérique. Nous allons les programmer le premier jeudi de chaque mois.

On sait que l’impact des multiplexes contribue à la disparition des cinémas du centre-ville. Mais vous affirmez que le Royal ne fermera pas…

Oui. Pour nous l’acceptation du projet par la CNEC est une bouée de sauvetage. Sans cela nous aurions dû fermer. Avec cinq salles on ne pèse pas assez face aux distributeurs. Maintenant on fait n’importe quoi. Ici Gaumont prend tous les films qui sortent et les largue au bout d’une semaine. C’est la loi du fric. Avant, les distributeurs suivaient la vie des films. Ils les défendaient, ils demandaient dans quelle salle ils se jouaient. Aujourd’hui, le mercredi ils sont à Paris attablés à la table du Fouquet’s. On leur téléphone pour leur donner les chiffres globaux et ils débouchent du champagne. Moi je les appelle des … (nom de poisson de mer en dix lettres). Le multiplexe Royal va me donner une puissance que je n’avais pas pour accéder aux films. Avec les huit salles de St-Gély, on passe à treize salles et on est pas superstitieux !

recueilli par Jean-Marie Dinh

Le futur multiplexe Royal Pic-Saint-Loup


DM