Des dizaines de milliers de Russes manifestent dans tout le pays contre Poutine

C’est le point d’orgue d’une semaine de manifestations en Russie. Mobilisés contre le résultat des législatives du 4 décembre, remportées par le parti « Russie unie » mais entachées de fraudes, des dizaines de milliers d’opposants au premier ministre Vladmir Poutine se sont rassemblés, samedi 10 décembre, à Moscou et en province.

Malgré ces intimidations (les débordements seront réprimés « par tous les moyens légitimes » a prévenu jeudi Vladimir Poutine), des dizaines de milliers de personnes se sont réunis à Moscou, pour dénoncer les résultats des élections. La police, citée par l’agence de presse Ria Novosti, a évalué le nombre des manifestants à 25 000, alors que l’opposition avance des chiffres allant de 50 000 à 80 000 personnes. Ces derniers chiffres semblent plausible : la place Bolotnaïa, dans le centre de Moscou, où pouvaient se rassembler 30 000 personnes selon les autorités, était pleine et la foule débordait largement sur les ponts enjambant la Moskova, les quais et des esplanades adjacents.

« Rendons au pays les élections ! », « Exigeons un nouveau comptage des voix ! », « La Russie sans Poutine ! », pouvait-on lire sur les banderoles. A la tribune, se sont succédé des représentants de l’opposition, un mélange disparate allant de l’extrême gauche aux libéraux en passant par le mouvement nationaliste « Les Russes ». « Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev ont fait une découverte très désagréable pour eux aujourd’hui. La Russie a un peuple », a déclaré Sergueï Mitrokhine, chef du parti libéral d’opposition Iabloko. « Nous sommes le peuple ! », lui a répondu la foule.

Le centre ville de Moscou bouclé

Les informations provenant de la capitale ne disent pas encore si les élèves des lycées de Moscou, qui se sont vus imposer un contrôle de russe à l’heure de la manifestation, ont séché les cours pour rejoindre les opposants. Ou si les Moscovites ont suivi à la lettre les recommandations du chef des services sanitaires russes, qui a invoqué l’épidémie de grippe pour dissuader la tenue de rassemblements favorables à la propagation de la maladie.

Le centre de la capitale était cadrillée par une concentration sans précédent de forces de l’ordre, avec des centaines de camions de policiers anti-émeutes et de fourgons cellulaires, de part et d’autre du Kremlin, aux accès de la Place Rouge, près du siège du FSB (ex-KGB) sur la place de la Loubianka, jusqu’à la Place Pouchkine et sur un pont franchissant la Moskova. Un hélicoptère survolait en outre le centre-ville à basse altitude.

À Saint-Pétersbourg, la police a évalué à 10 000 le nombre de manifestants, rassemblés en début d’après-midi, sur la place Pionnierskaïa dans le centre de l’ex-capitale impériale.

Plus tôt dans la journée, des manifestations se sont également tenues dans les villes de l’Extrême-Orient du pays. « Annulez les résultats des élections! » et « Les falsificateurs en prison ! », réclamaient environ 500 manifestants à Vladivostok, le port russe de la côte Pacifique, à sept fuseaux horaires de Moscou.

A Khabarovsk, une autre ville importante de la région, 400 personnes ont manifesté et environ 50 personnes ont été interpellées, selon un responsable du parti communiste.

Des manifestations, rassemblant entre des centaines et des milliers de personnes, ont également été signalées notamment à Blagovechtchensk, Tchita, Tomsk, Barnaoul, Orenbouret, Kemerovo et Oulan-Oudé (villes de Sibérie), de même qu’à Tcheliabinsk dans l’Oural.

Pendant ce temps, le Journal officiel russe publiait, samedi, les résultats officiels des élections, confirmant la victoire du parti au pouvoir Russie unie avec 49,32 % des voix et une majorité absolue de 238 mandats sur 450 à la Douma (chambre basse).

Répondant notamment à de nombreux appels sur les réseaux sociaux, ces contestataires, dont le nombre est inédit depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, ont été tout la semaine dispersés sans ménagement par la police russe. Quelque 1600 personnes ont ainsi été interpellés à Moscou et Saint-Pétersboug depuis dimanche dernier.

Le Monde AFP

Voir aussi : Rubrique Russie, Législatives en RussiePoutine revient…fichons le camp !,

Legislatives en Russie

Consolidation du régime, crispation face à l’Occident, intégration eurasiatique… L’étape qui débute avec les législatives du 4 décembre et la présidentielle de mars 2012 sera, sauf énorme surprise, celle du retour de Vladimir Poutine au Kremlin pour les six, voire les douze prochaines années. Bienvenue dans la nouvelle ère Brejnev !

(Le courrier International)

 

Des centaines de personnes ont manifesté contre les multiples fraudes aux élections législatives du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie. Des dizaines d’opposants, dont le blogueur anti-corruption Alexeï Navalni, ont été interpellés à Moscou ce lundi soir. Ils tentaient d’organiser une marche de protestation pour dénoncer les fraudes aux législatives.

Selon le site d’information en ligne Gazeta.ru, près de 5000 personnes, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblées sous une pluie battante dans le centre-ville en fin d’après-midi pour dénoncer la manière dont ont eu lieu les élections du 4 décembre, qui ont vu la victoire du parti de Vladimir Poutine, Russie unie, et ont été marquées par de multiples accusations de fraudes. La police a quant à elle fait état de 2.000 manifestants, d’après l’agence Interfax.

AFP (05/12/11)

 

Le grand perdant du scrutin ? Medvedev !

Dessin Tiounine.

Lors des législatives du 4 décembre, le parti au pouvoir, Russie unie, a perdu près de 15 millions d’électeurs par rapport à 2007. Le destin politique du président pourrait en être compromis.

Après examen de 95,1 % des procès-verbaux remis par les bureaux de vote, Russie unie, le parti au pouvoir, recueille 49,54 % des voix, ce qui lui donne 238 sièges à la Douma [sur 450, la majorité se situant donc à 226], le Parti communiste en obtient 19,6 % (92 sièges), Russie juste 13,22 % (64 sièges) et le Parti libéral-démocrate (LDPR) 11,6 % (56 sièges). C’est ce qu’a annoncé ce matin Vladimir Tchourov, le président de la Commission électorale centrale, précisant que Russie unie avait perdu sa majorité des deux tiers. Mais, selon nos experts, une trop nette victoire du parti au pouvoir n’aurait pas été une bonne chose pour Vladimir Poutine [candidat à la présidentielle de mars prochain].

Les décomptes provisoires montrent que les trois autres partis qui siégeaient déjà à la Douma ont amélioré leurs scores : le Parti communiste avait plafonné à 11,57 % en 2007 et Russie juste avait alors quasiment séduit moitié moins d’électeurs (7,74 %). Le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski (LDPR) affichait à l’époque un score de 8,14 %.

Russie unie est donc le seul parti à avoir fait moins bien. A l’heure actuelle, on dénombre 30,38 millions de personnes qui ont voté pour ce parti, contre 44,7 millions en 2007, où son score avait été de 64,3 %. En 2003, en revanche, les chiffres étaient de 37,56 %, soit 22,77 millions d’électeurs en sa faveur. La majorité des deux tiers s’établit à 300 députés. Russie unie ne les obtiendra pas, alors qu’elle avait disposé de cette majorité absolue lors des deux précédentes législatures.

« Ce résultat en baisse s’explique entre autres par l’atmosphère consécutive à la crise, par le fait que le parti n’était pas emmené par Poutine lui-même [c’est Dmitri Medvedev qui était la tête de liste] et par la multiplication des critiques contre Russie unie durant la campagne. Mais la raison principale de cette chute est certainement que Vladimir Poutine n’avait pas besoin que Russie unie fasse un score impressionnant », estime le politologue Sergueï Tcherniakhovski. D’après lui, toutes les lois indispensables ont déjà été adoptées, et c’est sous le mandat de la Douma sortante que Poutine avait besoin de pouvoir provoquer un impeachment, tant que Dmitri Medvedev était président. « Vu le résultat d’aujourd’hui, on se demande ce que pèse Medvedev », poursuit Tcherniakhovski, pour qui Russie unie l’emportait largement quand Poutine était à la tête du parti.
« Ces législatives remettent en question le destin politique de Medvedev », renchérit le politologue Rostislav Tourovski. Le vice-président du Centre de communication politique, Gueorgui Tchijov, partage cet avis : en cédant la direction du parti à Dmitri Medvedev, Poutine a « bien joué et a évité de se retrouver associé à un parti qui est sur la pente descendante ».

Hier, le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Narychkine, a déclaré que Dmitri Medvedev pourrait à l’avenir se contenter de diriger le parti. Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, pense que « Medvedev a à plusieurs reprises été chargé de faire le ménage dans les institutions, que ce soit parmi les gouverneurs ou au sein des forces de l’ordre, et il n’est pas exclu qu’il lui incombe désormais de ‘nettoyer’ le parti ». Il note toutefois que la perte de popularité de Russie unie est patente. « Reste à savoir si un point de non-retour a été atteint. »
Cela dit, au siège même de Russie unie on se montre satisfait du résultat. Le secrétaire du présidium, Sergueï Neverov, estime qu’avec sa majorité simple dans la prochaine Douma le groupe Russie unie pourra « faire adopter sans hésiter les lois proposées par le parti afin de mettre en œuvre ce qui est prévu dans son programme ». Il précise que le parti continuera à appliquer la politique de Dmitri Medvedev et de Vladimir Poutine, et conservera Boris Gryzlov comme président de l’assemblée.

Rappelons que, dès hier soir, le président Medvedev en personne qualifiait l’issue de ces élections de « résultat d’une démocratie réelle ».

Natalia Bachlykova (Kommersant)

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Egypte: les islamistes triomphent au premier tour des législatives

 

Les islamistes en Egypte ont été officiellement proclamés vainqueurs dimanche du premier tour des premières élections post-Moubarak avec 65% des voix, un raz de marée qui augure leur domination du futur Parlement face à des libéraux laminés.

Les Frères musulmans sont officiellement crédités de 36,62% des voix et les salafistes (fondamentalistes musulmans), dont ils s’efforcent de se démarquer, les talonnent avec 24,36% des voix. Une troisième liste islamiste, celle du Wassat, plus modérée, remporte 4,27% des suffrages.

Le Bloc égyptien, principale coalition libérale, a obtenu 13,35%. Les libéraux, divisés en six listes, atteignent 29,39% et restent les grands perdants de ce premier tour organisé dans un tiers des gouvernorats et marqué par un taux de participation historiquement haut (62%).

« Nous saluons le choix du peuple égyptien », a réagi Ahmed Sobea, le porte-parole du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), émanation politique des Frères musulmans.

« L’Egypte a besoin maintenant que toutes les parties coopèrent ensemble pour sortir de la crise », a-t-il déclaré à l’AFP, en référence à la période de transition marquée par des violences et des impasses politiques.

Malgré cet appel, une rude bataille est attendue lundi et mardi au sein du camp islamiste pour la quasi-totalité des sièges attribués au scrutin uninominal. Un duel serré est notamment prévu entre les Frères musulmans et les salafistes sur 22 des 56 sièges.

« Le deuxième tour met fin à la lune de miel entre les Frères et les salafistes », écrivait dimanche le quotidien Al Akhbar, évoquant le cas d’Alexandrie, deuxième ville du pays, où le parti salafiste Al Nour (Lumière) est né après le soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak en début d’année.

La bataille opposera également les deux mouvements à Damiette, dans le Delta du Nil, où les salafistes l’ont déjà remporté sur les Frères musulmans pour le scrutin de listes.

Les libéraux tenteront eux de batailler contre la vague islamiste, en particulier au Caire.

La journée de dimanche a été marquée par un incident, le premier depuis le début de la période électorale: le chauffeur d’un candidat libéral est mort lors d’un échange de tirs avec des partisans du Wassat dans la province de Manoufia (nord), a rapporté l’agence officielle Mena.

Mohammed Hamed, un candidat pour le parti des Egyptiens libres fondé par le milliardaire copte Naguib Sawiris, a mis en garde les islamistes contre une stricte application de l’islam, la religion de près de 90% des Egyptiens.

« Tout le peuple basculerait dans l’opposition. La plupart des musulmans ne sont pas des extrémistes. S’ils ne ressentent pas encore le danger (du fondamentalisme musulman), ils le ressentiront quand ce sera appliqué », a-t-il affirmé.

La percée des salafistes, plus intransigeants que les Frères musulmans –qui se présentent comme « modérés »– a pris la confrérie au dépourvu et semé la crainte dans les milieux laïques et coptes (chrétiens d’Egypte).

Ainsi, le porte-parole des Frères musulmans Mahmoud Ghozlane a appelé « à ne pas mettre tous les islamistes dans le même panier », en référence à Al-Nour.

Les salafistes se différencient physiquement des Frères musulmans par leur longue barbe et leurs costumes traditionnels et la majorité des femmes portent le niqab (voile intégral ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux), répandu en Arabie saoudite.

Forts de leur percée dans les urnes, ces fondamentalistes ont multiplié les déclarations en faveur d’un islam rigoriste, similaire à celui en vigueur dans le royaume wahhabite.

Le dirigeant salafiste Abdel Monem Chahat a assuré que les romans de l’écrivain égyptien et prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz « encourageaient le vice car ils portent sur la prostitution et la drogue ».

Une autre personnalité de ce courant, Hazem Abou Ismaïl, a estimé qu’il fallait « créer un climat pour faciliter » le port du voile, et dit que s’il était élu président, il « ne permettrait pas à un homme et à une femme de s’asseoir ensemble dans un lieu public ».

Ces prises de position ont provoqué de vives réactions, en particulier sur les réseaux sociaux. « C’est parti pour qu’on devienne un nouvel Afghanistan! » lançait un internaute.

Au Proche-Orient, le Hamas palestinien, qui contrôle la bande de Gaza, s’est réjoui de cette percée des islamistes égyptiens, tandis que plusieurs responsables israéliens ont fait part de leur inquiétude devant la montée de l’islamisme dans les pays arabes.

Les élections, qui doivent se poursuivre jusqu’en mars, se déroulent au moment où le nouveau Premier ministre Kamal el-Ganzouri a annoncé que son gouvernement pourrait être investi d’ici à mercredi.

M. Ganzouri, 78 ans et ancien Premier ministre sous Moubarak, est contesté par une partie de la population réclamant le départ du pouvoir militaire, car ils l’assimilent au président déchu.

AFP

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Un logiciel-espion installé sur plusieurs millions de téléphones américains

Un développeur spécialisé dans Android, le système d’exploitation de Google pour téléphones mobiles, a révélé l’existence d’un programme installé par des fournisseurs d’accès américains sur des millions de portables, qui enregistre de très nombreuses informations sur l’activité des utilisateurs et les transmet au fournisseur d’accès.

CarrierIQ, édité par la société du même nom, enregistre une très grande quantité d’informations, allant des touches activées aux messages envoyés, en passant par les recherches effectuées via le navigateur Internet. Selon CarrierIQ, ce logiciel est déployé sur plus de 140 millions de terminaux, des téléphones Android comme des BlackBerry ou des téléphones Nokia. Le logiciel est présenté comme un outil permettant aux opérateurs d’établir des statistiques sur l’utilisation des téléphones ; il n’est a priori pas utilisé par les opérateurs européens.

Pour Trevor Eckhart, le développeur bien connu dans la communauté Android qui a révélé l’existence de CarrierIQ, ce logiciel est un véritable service d’espionnage. Après avoir publié un long article sur son blog, le jeune homme, âgé de 25 ans, a reçu une lettre de menaces des avocats de CarrierIQ. Après avoir reçu le soutien de plusieurs organisations, dont la puissante Electronic Frontier Foundation, M. Eckhart a reçu une lettre d’excuses (pdf) de la part de CarrierIQ.

Dans ce courrier, CarrierIQ affirme que son logiciel sert uniquement à améliorer le fonctionnement des réseaux. Carrier IQ « n’enregistre pas les activations de touches, ne fournit pas d’outils de traçage, et n’inspecte ni ne communique le contenu de vos communications, comme le contenu des e-mails ou les SMS », explique l’entreprise. Mais ce mardi, dans une nouvelle vidéo publiée sur son blog, M. Eckhart démontre, preuves à l’appui, que CarrierIQ stocke bien le contenu des messages SMS. Il enregistre également des données a priori protégées, comme les recherches effectuées sur un navigateur Internet connecté en « https », un mode de connexion sécurisé.

Le Monde.fr

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Bras-de-fer en Egypte avant les élections

Place Tharir 25/11/11. Photo Amr Abdallah Reuter.

Les forces politiques égyptiennes et le pouvoir militaire étaient engagés dimanche dans un bras-de-fer autour des pouvoirs du futur gouvernement, avant l’ouverture des bureaux de vote lundi pour les premières législatives de l’après-Moubarak.

40 millions d’électeurs sur 82 millions d’Egyptiens sont appelés à élire 498 membres de l’Assemblée du peuple (chambre des députés) sur plusieurs étapes, jusqu’au 10 janvier. Dix autres seront nommés par le maréchal Tantaoui. Sept ONG étrangères, dont le Centre Carter, ont reçu leur accréditation pour surveiller ces législatives, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

La partie se joue entre le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui tient les rênes du pays, l’influent mouvement des Frères musulmans qui estime avoir le vent en poupe, et l’opposant Mohamed ElBaradei, qui se prévaut du soutien des manifestants de la place Tahrir hostiles aux militaires.

Le gouvernement, nommé par l’armée depuis la chute en février de Hosni Moubarak, a été jusqu’à présent cantonné à la gestion des affaires courantes, un schéma mis à l’epreuve par la démission récente du Premier ministre Essam Charaf et la perspective d’avoir un Parlement élu, le précédent ayant été dissout.

Dans un climat mêlant rapports de force, tractations en coulisses, ballons d’essai et pression de la rue, l’armée a indiqué qu’elle continuait d’appuyer l’homme qu’elle a choisi pour former le nouveau gouvernement, Kamal el-Ganzouri.

Le chef du CSFA, le maréchal Hussein Tantaoui, a demandé à Mohamed ElBaradei et à une autre figure de la classe politique laïque, Amr Moussa, deux hommes aux ambitions présidentielles, de soutenir ce politicien sans éclat âgé de 78 ans.

Principal obstacle: Kamal el-Ganzouri, ancien chef de gouvernement à la fin des années 90 sous Hosni Moubarak, est rejeté avec vigueur par les milliers de manifestants qui occupent depuis plus d’une semaine la place Tahrir au Caire.

Mohamed ElBaradei, de son côté, s’est dit prêt samedi soir, après avoir été reçu par le maréchal Tantaoui, à renoncer à ses ambitions présidentielles pour diriger un gouvernement de salut national.

Cela, « à condition que le gouvernement soit doté de toutes les prérogatives pour gérer la période de transition, rétablir la sécurité, relancer l’économie et réaliser les objectifs de la révolution égyptienne », selon un communiqué du bureau de campagne de l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et prix Nobel de la Paix 2005.

La proposition de Mohamed ElBaradei est « un moyen indirect de rejeter » le gouvernement de M. Ganzouri et toute forme de coopération avec lui, estime le politologue Hassan Nafaa.

Selon Hossam Eissa, un homme politique proche des manifestants, l’idée d’un gouvernement de salut national « est une proposition de Tahrir, que M. ElBaradei a acceptée ».

Dimanche, les Frères musulmans sont entrés dans la danse en se projetant dans un contexte post-électoral qu’ils jugent favorable à leur mouvement, politiquement le mieux structuré du pays.

« Le futur Parlement est supposé représenter le peuple (…) Le Conseil militaire doit charger le parti qui remporte la majorité des voix de former le prochain gouvernement », a affirmé leur porte-parole Mahmoud Ghozlane.

Présidentielle avant juin

Les Frères récusent ainsi les positions d’un haut responsable du CSFA, le général Mamdouh Chahine, qui avait déclaré samedi que, quel que soit le résultat des urnes, « le futur parlement n’aura aucune autorité sur le gouvernement ». « Si le gouvernement n’est pas représentatif du Parlement, l’Assemblée bloquera toute décision (du cabinet) », a répliqué Mahmoud  Ghozlane.

Pour Hassan Nafaa, la position des Frères musulmans signifie toutefois qu’il n’y aurait pas en Egypte de gouvernement doté de véritables pouvoirs avant la fin des élections, prévues jusqu’à la mi-janvier pour l’Assemblée du peuple (chambre des députés) et mars pour la Choura (Sénat consultatif). Une telle attente « ne serait pas acceptable pour les jeunes à Tahrir. La crise se poursuivrait donc », assure-t-il.

L’armée égyptienne a promis de rendre le pouvoir à une autorité civile après une élection présidentielle qui doit se tenir avant la fin juin 2012.

AFP

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On Line : Le blog de Bruno Ripoche Comprendre les élections,