Le PS distance l’UMP, l’abstention à un niveau record

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Le bloc de gauche prend très clairement la main de ce premier tour des régionales, notamment grâce au très bon score des socialistes à 30%. Le FN crée la surprise en réalisant son score de 2004 autour de 12%. A la hauteur des rêves de «carte toute rose» de la patronne socialiste et même au-delà. Le PS et l’UMP sont donnés, respectivement, à 29,5% et à 27%, selon les estimations nationales de TNS-Sofres. Le parti de Martine Aubry, qui a doublé la majorité présidentielle, dispose de solides partenaires sur ses arrières avec, notamment, Europe Ecologie à 12,5%. Mais le rassemblement écologiste gagne de justesse son pari de s’installer comme troisième force politique du pays, compte tenu d’une remontée surprise du FN (11,7%). Si le bloc de gauche confirme son statut d’ultrafavori, sa victoire est à minorer compte tenu du taux d’abstention record qui tournerait autour de 53,5%, selon TNS-Sofres.

L’UMP n’a pas réussi à déjouer les pronostics. En ayant fait l’unité des formations ralliées à Nicolas Sarkozy – de la Gauche Moderne et des Progressistes au MPF de Philippe de Villiers, en passant par le Nouveau centre -, la majorité présidentielle dispose de très modestes réserves de voix. Elle se consolait, ces derniers jours, en écartant le facteur «arithmétique» -dixit le porte-parole Frédéric Lefebvre – pour jouer le second tour sur «la dynamique». Laquelle n’apparaît guère suffisante pour inverser la tendance des sondages. D’autant que dans plusieurs régions où elle nourissait encore quelques espoirs, l’UMP risque fort de se retrouver dans des triangulaires, face à un FN en mesure de se maintenir, comme en Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Centre, et Alsace.

Avec la performance du PS, c’est l’autre surprise de la soirée. Un Front national qui jusqu’ici donné dans les sondages autour de 10%, pourrait gagner deux points sur ces pronostics (11,7%). Le parti d’extrême droite n’est donc pas si loin de son résultat au premier tour des régionales de mars 2004: 12,38%. Les frontistes qui avaient imposé 17 triangulaires, devraient alors atteindre leur objectif de se maintenir dans une dizaine de régions. Un cas de figure qui pourrait gêner encore davantage la droite.

Neuf mois après sa déculottée des élections européennes (16,48%), le PS, lui, a de quoi bicher. Fâchée, en juin dernier, par les divisions internes nées du Congrès de Reims, une grande part des électeurs socialistes semble être revenue – en tout cas ce dimanche – à la maison. De là à toucher du doigt l’espoir de «carte toute rose» formulé par Martine Aubry? Le Languedoc-Roussillon annule d’ores-et-déjà les ambitions de la première secrétaire du PS, qui enregistre une énorme contre-performance dans cette région: la candidate officielle, Hélène Mandroux, investie par le PS pour contrer Georges Frêche, ne passerait pas la barre des 10% et serait donc éliminée dès le premier tour. Mieux portants, les socialistes doivent aussi s’accorder vite et sans couacs, avec Europe Ecologie et le Front de gauche pour gérer leur confortable avance.

Tractation coton? Les écologistes, s’ils ne s’envolent pas aussi haut qu’en juin dernier – 16,28% -, restent sur un score à deux chiffres avec 12,5% des voix. Quel que soit le détail des résultats, le rassemblement impulsé par l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit voilà un an et demi, peut tout de même espérer imposer au PS – trop «hégémonique» au goût de certains Verts – un nouveau type de rapports. Par ailleurs, le candidat écologiste, Jacques Fernique, qui avait de bonnes chances de gagner la primaire à gauche en Alsace, loupe la marche, derrière le candidat socialiste.

Le Front de gauche – à périmètre variable, donc résultat en principe ramené sur 17 régions – confirme son avantage sur un NPA à la peine dans cette campagne: les deux concurrents de la gauche radicale sont donnés, par les premières estimations, à 6,2% et à 2% – score à rapporter sur 18 régions au lieu de 22 -. Le parti d’Olivier Besancenot – lui-même tête de liste en Ile-de-France – devrait payer de nouveau sa stratégie en solo.

Le Modem de François Bayrou reçoit une nouvelle claque divisant quasi par deux son résultat (déjà jugé décevant) des européennes, avec 4% des voix. Vice-présidente du Modem en bisbille avec François Bayrou, Corinne Le Page a commenté un «résultat catastrophique» et résumé très franchement la situation du parti centriste: «l’espace démocratique n’est pas forcément remis en cause mais son président et sa stratégie le sont.»

Un autre chiffre crucial est à retenir pour cette soirée de premier tour, celui historique, de l’abstention. Le fruit d’une campagne peu mobilisatrice sur fond de polémiques (Ali Soumaré, Georges Frêche, propos de Marie-Luce Penchard), d’une méconnaissance de l’échelon régional et de ses compétences et de l’organisation du scrutin qui, cette fois, n’était pas couplé avec une autre élection (cantonale ou législative). Pour le second tour, le défi est là pour chaque camp, qui dispose d’une petite semaine pour mobiliser.

Laure Equy Libération

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