Les élèves noirs plus punis que les autres aux Etats-Unis

Les Afro-Américains, surtout les garçons, sont largement plus punis à l’école que le reste de leurs camarades. Rien de nouveau dans les conclusions de cette étude du ministère de l’éducation américain rendue publique mardi 6 mars : les chercheurs et les médias ont régulièrement publié des travaux similaires. Mais en pleine campagne électorale – une campagne qui voit le premier président noir des Etats-Unis concourir à sa ré-élection, alors que ce même président dresse le bilan social de son mandat –, l’étude a pris une ampleur dont la presse américaine s’est largement fait l’écho.

Trois fois et demi plus de chance d’être renvoyé

Dans le détail, de la maternelle au lycée, les élèves latinos et afro-américains représentent près des trois quarts des arrestations ou des situations traitées par la police et liées à l’école, relève l’agence Associated Press, relayée par le Washington Post. Le rapport montre également que les élèves noirs ont trois fois et demi plus de chances que les élèves blancs d’être exclus définitivement ou temporairement. Au total, « un garçon noir sur cinq et plus d’une fille sur dix a été renvoyé de l’école », note le New York Times.

Ces inégalités se traduisent également par des disparités dans l’offre pédagogique : 29 % des écoles avec la plus forte présence de minorités proposent des cours de calculs mathématiques, tandis que 55 % des écoles où la part des minorités est moindre en disposent. Dans un même quartier, les professeurs qui enseignent dans un établissement avec un haut pourcentage d’élèves appartenant à des minorités sont payés 2 251 dollars de moins par an que leurs collègues enseignant dans d’autres établissements.

« Est-ce du racisme ? »

« Ce qui est certain, c’est que pour trop d’élèves de couleur, la réalité de l’école, c’est la violation du principe d’équité, au cœur du modèle américain », a dénoncé le ministre de l’éducation, Arne Duncan, interviewé par le New York Times. « Est-ce du racisme ? », s’interroge cependant le Christian Science Monitor. « Est-ce de la discrimination (…) ou les élèves issus de minorités sont-ils plus indisciplinés ? Ou recoivent-ils des punitions plus sévères que les blancs pour des incidents similaires ? », questionne encore l’Associated Press.

« Certaines écoles avec le plus grand nombre d’expulsions provisoires et temporaires comptent également une importante population d’élèves noirs, et parmi eux, une part plus importante que la moyenne sont élevés dans des familles monoparentales. Or, des études ont prouvé que les enfants élevés dans ces foyers-là sont plus enclins aux problèmes de discipline », nuance le Christian Science Monitor.

Du décrochage à la prison

Mais pour les nombreux chercheurs et professionnels de l’éducation cités dans la presse, les raisons de cette inégalité de traitement sont limpides : les Afro-Américains sont discriminés dès la salle de classe. Judith Browne Dianis, directrice d’un centre de recherche sur les minorités, citée par CBS news, affirme que les élèves noirs et latinos sont punis plus sévèrement pour les mêmes impairs que leurs camarades blancs.

Le Christian Science Monitor cite une autre étude révélatrice : tandis que les élèves blancs sont punis pour des « problèmes objectifs », comme fumer aux toilettes, les élèves noirs tendent à être punis pour des « raisons subjectives », notamment pour des problèmes d’attitude.

Les professionnels de l’éducation y voient un effet pervers de la politique « tolérance zéro » développée après la fusillade de Colombine en 1999. La radio publique de Californie du sud relève ainsi que les années qui ont suivi cette politique, le nombre d’expulsions se sont envolées, notamment parmi les minorités. Or, les experts interviewés et une étude de la National Association of School Psychologists mettent en exergue le lien direct du décrochage de l’école à la prison. Les punitions distribuées à tour de bras nourrissent la mauvaise estime de soi qu’accusent les jeunes Noirs, souligne de son côté un psychiatre pour enfant interrogé par Black Voices. « On s’identifie à une personne violente, et c’est finalement ce que l’on devient », explique le psychiatre.

« En publiant cette nouvelle étude, le ministère de l’éducation américain dit espérer que les informations mises à disposition des établissements scolaires leur permettront de revoir leurs politiques disciplinaires et leur impact sur les élèves issus de minorités », rapporte le Christian Science Monitor.

Le Monde.fr

Voir aussi : Rubrique Etats-Unis, rubrique Société, rubrique Politique de l’éducation,

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