Le drame de la pauvreté des enfants

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La solidarité n’est pas un vain mot pour la grande majorité des Français : chaque année la collecte des banques alimentaires est favorablement accueillie, et les Restos du cœur font partie des causes favorites de nos concitoyens. Mais, en même temps, la proportion de ceux d’entre eux qui émettent des réserves à l’égard du revenu de solidarité active (RSA) tend à augmenter. Parce qu’ils estiment que l’aide sociale incite les personnes en situation de pauvreté à tendre la main plutôt qu’à la mettre à la pâte. Derrière la dénonciation de « l’assistanat », il y a l’idée que, si les pauvres sont pauvres, c’est un peu – voire beaucoup – de leur faute.

Les enfants pauvres, des victimes désignées

Supposons un instant que ce soit le cas. Cette accusation ne peut viser que les parents, pas les enfants. Ceux-ci n’ont pas choisi leurs parents, et quand ils viennent au monde, puis grandissent, ils ne portent aucune responsabilité dans la pauvreté qui est celle de leur foyer. La plupart du temps, naître dans une famille pauvre implique par la suite de grandir dans une famille pauvre, car sortir de la pauvreté est relativement assez peu fréquent (en 2015, selon Eurostat, plus des deux tiers des personnes en situation de pauvreté de France l’ont été au moins trois ans durant les quatre années précédentes).

Un peu comme pour l’alcoolisme, lorsque les parents sont pauvres, les enfants trinquent

Les 2,8 millions de jeunes mineurs ou d’enfants vivant dans des familles pauvres se trouvent majoritairement (51 %) dans des familles où au moins un adulte travaille. Mais le plus souvent pas assez (temps partiel), temporairement (intérim, CDD, contrat aidé) ou avec un revenu d’activité trop faible pour assurer aux membres de la famille un niveau de vie supérieur au seuil de pauvreté. Le problème est que la pauvreté, dès lors, risque fort de se transmettre en quelque sorte par héritage culturel. Un peu comme pour l’alcoolisme, lorsque les parents sont pauvres, les enfants trinquent. Car grandir dans une famille pauvre multiplie sensiblement la probabilité d’échec scolaire : dans un quart des cas, les jeunes issus d’une famille dont les parents sont sans diplôme sortent eux-mêmes de l’école en situation d’échec1. Les raisons en sont multiples : logement, faiblesse des revenus, faiblesse du niveau scolaire de la famille, absence d’information sur l’orientation, etc.

L’échec scolaire, facteur de chômage et d’exclusion

Cette absence de diplôme est de plus en plus un obstacle pour trouver un emploi durable, parce que les emplois accessibles sans diplôme soit se raréfient (un million d’entre eux a disparu entre 2008 et 2015 alors que les emplois accessibles aux seuls diplômés – cadres, professions intellectuelles ou professions intermédiaires – progressaient dans le même temps de 800 000), soit sont de mauvaise qualité (emplois temporaires ou à temps partiel contraint).

Comme une destinée, la pauvreté se transmet largement des parents aux enfants devenus adultes, par le lien de l’échec scolaire puis du marché du travail

Selon le bilan emploi-formation de l’Insee, en 2015, pour les jeunes sortis de l’école sans diplôme depuis 5 à 10 ans – un laps de temps qui permet de s’intéresser aux évolutions longues, et non pas aux situations conjoncturelles –, 47 % sont en emploi (dont 16 % à temps partiel subi), 23 % au chômage2, et 30 % inactifs, alors que, dans l’ensemble de la population des 25-49 ans qui disposent d’un diplôme, ces proportions sont respectivement de 84 % (emploi), 8 % (chômage) et 8 % (inactivité). Les jeunes non-diplômés qui ne trouvent pas d’emploi glissent peu à peu dans l’inactivité en prenant de l’âge, vivant alors de l’aide sociale ou de la « débrouille ». Bref, comme une destinée, la pauvreté se transmet largement des parents aux enfants devenus adultes, par le lien de l’échec scolaire puis du marché du travail.

L’égalité des chances mise à mal

En d’autres termes, pour les enfants ou jeunes mineurs vivant dans une famille pauvre, la pauvreté risque fort de devenir un héritage. La Déclaration des droits de l’homme proclame que nous naissons libres et égaux. Mais elle n’ajoute pas que, très vite, les nuages s’amoncellent sur ceux des enfants qui naissent dans une famille pauvre et qui deviennent de ce fait de moins en moins égaux aux autres.

En France, 16 % des jeunes de 15 à 34 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, contre 8 % en Suède

Puisque l’égalité des chances est mise à mal, le devoir de la société est de tout faire pour réduire cette inégalité qui risque d’aller en s’accroissant : logement décent, crèche accessible, soutien scolaire, participation des parents, orientation… La France est le pays qui dépense le plus dans le monde pour sa protection sociale (33 % du produit intérieur brut, qui mesure la richesse produite par les travailleurs). Elle devrait donc être celui dans lequel la lutte contre la pauvreté est la plus efficace. Ce n’est pas le cas : 16 % des jeunes de 15 à 34 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation3, contre 8 % en Suède. Sur ce terrain, nous occupons la seizième place sur 28 au sein de l’Union européenne. Au Danemark, où la fréquence des familles monoparentales est à peu près de même importance qu’en France, le taux de pauvreté de ces familles est de 19 % contre 35 % en France. En Finlande, pays dont les habitants ont un niveau de vie moyen inférieur au nôtre, l’école permet quasiment à tous de réussir, alors qu’en France 15 % des jeunes en sortent sans rien.

Petite éclaircie en vue

Le nouveau gouvernement a fortement réduit le nombre d’enfants par classe dans les écoles primaires des zones d’éducation prioritaire et mit l’accent sur le soutien scolaire aux élèves en difficulté. C’est un pas en avant bienvenu. En outre, un nouveau délégué interministériel, Olivier Noblecourt, vient d’être nommé, avec comme objectif de veiller à la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Un deuxième pas en avant important, car ce nouveau délégué a fait ses preuves dans ce domaine à Grenoble. Mais, sur le plan budgétaire, l’effort principal du gouvernement consiste à gâter les riches à la fois pour qu’ils investissent et pour que leur réussite incite d’autres à se lancer dans l’innovation et la croissance. Ce faisant, il met les pauvres et leurs enfants à l’arrière-plan, alors qu’ils sont pourtant, eux aussi, sources de richesse potentielle… à la condition qu’ils disposent des atouts nécessaires.

Ne pas mettre en œuvre tout ce qui est possible pour que les enfants pauvres sortent par le haut de la nasse dans laquelle ils se trouvent, ne serait ni juste, ni intelligent. Emile Durkheim, le fondateur de la sociologie moderne, nous donne la clé de ces choix implicites. En 1893, il écrivait : « (…) Pour que les hommes se reconnaissent et se garantissent mutuellement des droits, il faut d’abord (…) que, pour une raison quelconque, ils tiennent les uns aux autres et à une même société dont ils fassent partie4. » Au fond, l’explication de ce peu d’intérêt porté jusqu’ici aux enfants pauvres s’explique sans doute parce qu’une partie de notre société ne tient pas aux pauvres, perçus comme des profiteurs et des fainéants. Olivier Noblecourt pourra-t-il changer cette donne ? On le souhaite de tout cœur, mais il aura vraiment fort à faire…

  • 1. Voir la récente publication de l’Insee, France, Portrait social, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3197289. Le lien entre niveau de formation et pauvreté est fort : moitié des plus de 15 ans en situation de pauvreté sont dépourvus de tout diplôme (excepté le brevet des Collèges).
  • 2. Ce qui représente donc un taux de chômage de 33 % puisque ce dernier se calcule en rapportant les chômeurs aux seuls actifs (chômeurs + en emploi), soit ici : 0,23/(0,47+0,23).
  • 3. Ce qu’on appelle les « NEET » d’après les termes anglais (not in education,, employment and trading).
  • 4. Dans De la division du travail social, PUF, 1991, page 90.

Denis Clerc Fondateur d’Alternatives Economiques

Source Alter Eco 01/12/2017

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, Politique de l’Education, rubrique Société,Citoyenneté, Pauvreté, rubrique EducationComment élever son fils pour qu’il ne devienne pas sexiste, Justice, rubrique Politique, Politique économique, rubrique International; Inde. Les enfants sont voués à mourir,

Lafarge en Syrie : l’ex-directeur général Eric Olsen mis en examen

L'ex-patron du groupe LafargeHolcim, Eric Olsen, à Paris, le 7 mai 2015 Photo ERIC PIERMONT. AFP

L’ex-patron du groupe LafargeHolcim, Eric Olsen, à Paris, le 7 mai 2015 Photo ERIC PIERMONT. AFP

L’ancien dirigeant du cimentier doit répondre des chefs de financement d’une entreprise terroriste et de mise en danger de la vie d’autrui.

L’ex-patron du groupe Lafarge Holcim, Eric Olsen, a été mis en examen dans la soirée du jeudi 7 décembre dans l’enquête sur le financement par le cimentier en 2013 et 2014 de plusieurs groupes djihadistes en Syrie, dont l’organisation Etat islamique (EI).

M. Olsen, 53 ans, DRH puis directeur général adjoint du groupe français Lafarge à l’époque des faits, avant de devenir directeur général après la fusion avec le Suisse Holcim, doit répondre des chefs de « financement d’une entreprise terroriste » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Il a été placé sous contrôle judiciaire.

Il était entendu en garde à vue mercredi avec deux autres ex-responsables du groupe : Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015, et Christian Herrault, ancien directeur général adjoint chargé de plusieurs pays dont la Syrie. Les gardes à vue de MM. Lafont et Herrault sont toujours en cours.

Violation de l’embargo décrété par l’UE

Le cimentier est mis en cause notamment pour avoir acheté du pétrole à l’EI, en violation de l’embargo décrété par l’Union européenne (UE) en 2011, et pour lui avoir remis de l’argent par le biais d’un intermédiaire, afin de continuer à faire tourner son usine de Jalabiya, située dans le nord de la Syrie.

De juillet 2012 à septembre 2014, la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) a versé environ 5,6 millions de dollars à diverses factions armées dont plus de 500 000 dollars à l’organisation d’Abou Bakr Al-Baghdadi, d’après un rapport du cabinet américain Baker McKenzie.

Il est aussi reproché à LCS de ne pas avoir assuré la sécurité de ses employés syriens, restés seuls sur place alors que la direction de l’usine avait quitté le pays à l’été 2012. Le 1er décembre, trois de ses anciens cadres, dont deux ex-directeurs du site de Jalabiya, ont été mis en examen.

« Economie de racket »

Les enquêteurs cherchent à savoir si la direction du groupe en France était au courant de la situation. Eric Olsen assistait aux réunions du comité de sûreté et a « participé pleinement aux discussions concernant la sécurité de l’usine LCS », soulignait le cabinet Baker McKenzie.

Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une « économie de racket », a assuré « avoir régulièrement informé Bruno Lafont » et que ce dernier « n’avait émis aucune objection à l’époque », d’après ce document. Le scandale a éclaté en 2016, un an après la fusion avec Holcim.

M. Olsen, nommé directeur général de LafargeHolcim en avril 2015, a démissionné deux ans plus tard, tandis que Bruno Lafont n’a pas sollicité le renouvellement de son mandat d’administrateur et a aussi quitté la société. Sollicité, le groupe LafargeHolcim n’a pas souhaité « commenter l’enquête en cours ».

Source Le Monde.fr avec AFP 07/12/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Politique, Affaires, Lafarge condamné par l’UE, rubrique SyrieNouvelles révélations sur les liens entre le cimentier français Lafarge et l’Etat islamique, On Line, L’ONG Sherpa porte plainte contre Lafarge pour financement du terrorisme, rubrique Société Justice,

La presse condamne l’annonce de Trump sur Jérusalem, qui « rompt l’équilibre international » et « ébranle le Proche-Orient »

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La décision, mercredi 6 décembre, du président américain, Donald Trump, de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël a déclenché une vague de critiques de la communauté internationale et fait craindre une nouvelle Intifada au Proche-Orient. Cette vague de réprobation et ces inquiétudes occupaient de nombreuses « unes » de la presse internationale, jeudi.

 

New York Times, Washington Post, Boston Globe, Financial Times… A des degrés divers, les principaux titres de la presse américaine faisaient état de leurs préoccupations ou de leur scepticisme quant à une décision risquant « d’interrompre les efforts de paix ».

Le New York Times déplore l’isolement accru de la diplomatie américaine que traduit cette décision et souligne le risque d’un embrasement supplémentaire de la région auquel elle peut conduire : « Trump affirme que son plan pour Jérusalem est un pas en avant en direction de la paix, mais en pratique, il place le Moyen-Orient au bord de l’explosion, écrit le quotidien. La décision de Trump isole les Etats-Unis sur l’un des sujets diplomatiques les plus sensibles. »

Mais le New York Times insiste aussi, dans un autre article, sur ce que cette décision traduirait des liens du président américain avec certains de ses soutiens :

« M. Trump admet que sa décision est provocatrice. Mais comme il l’a fait en se retirant de l’accord de Paris ou en refusant de certifier l’accord avec l’Iran, il se délecte en jouant son rôle favori consistant à défier l’orthodoxie en matière de politique étrangère au nom des intérêts de ceux qui l’ont élu. »

 

« Pour Donald Trump, le statut de Jérusalem est plus un impératif politique qu’un dilemme diplomatique. Entre ses partisans [chrétiens] évangéliques et pro-israéliens (…) et des dirigeants arabes menaçant son propre plan de paix, le président s’est rangé à l’avis de ses partisans », écrit le quotidien.

Si, de prime abord, le Washington Post, dans son éditorial, veut voir « un certain bon sens » dans la décision prise par M. Trump, c’est pour, aussitôt, relever que ce dernier minimise les risques d’« un embrasement au Moyen-Orient et au-delà » et, qu’en adoptant une stratégie « peut-être efficace auprès de sa base électorale, ainsi que de nombreux Israéliens », il prend « un gros risque dans le seul but de marquer des points politiquement ».

« En pratique, le gouvernement israélien siège à Jérusalem-Ouest depuis 1949, et aucune solution impliquant la création d’un Etat palestinien ne pourra changer cela », rappelle le quotidien. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à M. Trump que cette reconnaissance n’est « ni plus ni moins que la reconnaissance d’un état de fait ». Le Washington Post nuance ensuite :

« Mais en même temps, les présidents Bill Clinton, George W Bush et Barack Obama avaient de bonnes raisons de se retenir de franchir ce pas, même si, comme M. Trump, ils avaient promis durant leur campagne de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Ils ont estimé que cette étape somme toute symbolique pourrait saper la diplomatie américaine dans tout le Moyen-Orient, ainsi que leurs espoirs de trouver un arrangement entre Israéliens et Palestiniens — et potentiellement déclencher des violences, y compris contre des ressortissants Américains.

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REVUE PRESSE Moyen Orient

Dans un article intitulé « Trump n’a pas tué le processus de paix, il a juste annoncé sa mort », le quotidien israélien Haaretz estime que « la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne par les Etats-Unis a fait voler en éclats l’illusion que, si les problèmes centraux du conflit israélo-palestinien pouvaient être résolus, le conflit prendrait fin ».

Dans un autre article intitulé « Des Palestiniens expriment leur désespoir face à la décision de Donald Trump sur Jérusalem », le journaliste Nir Hasson décrit la profonde désillusion des Palestiniens de Jérusalem-Est, se sentant abandonnés de tous depuis longtemps et pour qui la déclaration de M. Trump n’est qu’une goutte d’eau de plus : « Il semble que les attentes des Palestiniens vivant à Jérusalem soient si minces que rien ne peut les choquer. »

Dans le monde arabe, les alliés de Washington sont tiraillés entre leur puissant partenaire et une opinion publique hostile à Israël. L’Egypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie, alliés clés des Etats-Unis dans la région, qui ont établi des liens géopolitiques ou de dépendance financière avec Washington, se retrouvent dans une position délicate.

En Jordanie, pays gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem, où le gouvernement a dénoncé la décision de M. Trump comme « une violation du droit international et de la charte des Nations unies », le quotidien anglophone Jordan Times estime que « déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem déclencherait un bouleversement régional ».

De son côté, le journal libanais Al-Akhbar, favorable au Hezbollah, titrait en « une » jeudi « Mort à l’Amérique », d’après la traduction de Reuters, réaction la plus vive d’une presse libanaise déjà très critique envers la décision de Trump. Al-Akhbar la qualifie de « Nouveau Balfour de l’Amérique », en référence à la déclaration Balfour, par laquelle le Royaume-Uni évoquait il y a un siècle l’établissement d’un foyer national juif au Proche-Orient. Le journal écrit :

REVUE DE PRESSE Europe

 

Trump enterre-t-il le processus de paix israélo-palestinien ?

La communauté internationale a réagi avec inquiétude à la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu. Tandis que la France et la Grande-Bretagne ont sollicité une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Arabie Saoudite a appelé Washington à revenir sur sa décision. Seul Israël a salué l’initiative américaine. La presse européenne redoute que le président américain ne ravive le conflit israélo-palestinien.

A l’unisson des gouvernements européens, dont beaucoup ont condamné la décision de M. Trump, de nombreux titres européens dénoncent celle-ci, pointent l’isolement de Washington et affichent leurs inquiétudes quant aux conséquences possibles.

« Trump rompt l’équilibre international », pour El Pais, en Espagne ; « Trump isolé sur Jérusalem », pour le Corriere della Sera, en Italie ; « Donald Trump ébranle le Proche-Orient », pour Le Soir, en Belgique ; « Explosion de colère après que Trump a déclaré Jérusalem capitale d’Israël », pour Le Guardian, au Royaume-Uni…

Et le quotidien britannique de s’inquiéter dans une tribune : « L’erreur de Trump sur Jérusalem est un désastre pour le monde arabe… et les Etats-Unis. (…) Maintenant, il a annoncé que son administration reconnaîtrait Jérusalem comme capitale d’Israël, faisant marche arrière sur plusieurs décennies de politique américaine. Ce nouveau pas va engendrer de multiples conséquences négatives, impossibles à anticiper pour la plupart. »

 

Un médiateur devenu pyromane

El Mundo y voit une initiative irresponsable et stupide :

«Un an passé à la tête de la superpuissance mondiale et Trump n’a toujours pas compris que sa principale responsabilité consistait à résoudre les conflits, du moins à ne pas en créer de nouveaux. Sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël est l’une de ses pires erreurs en date ; elle pourrait raviver les conflits au Proche-Orient et renvoyer sine die la potentielle reprise des pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens. Au titre de puissance garante, les Etats-Unis ont toujours assuré le rôle d’arbitre et de médiateur dans le dialogue sans fin entre les deux parties. S’ils se rangent du côté de Tel-Aviv, ils perdront toute leur influence et aggraveront la situation.»

 

 

Une violation du droit international

Cette décision entérine la colonisation israélienne, estime Aftonbladet :

«La politique de colonisation réduit mètre carré par mètre carré la marge de négociation. Ceci vaut notamment pour Jérusalem, dont la partie palestinienne est étouffée par les colonies. Sans accord préalable concernant Jérusalem, une solution à deux Etats est impossible. La décision de Trump de transférer l’ambassade américaine et de reconnaître les revendications israéliennes revient à avaliser la politique de colonisation. Cela signifie que les Etats-Unis acceptent et entérinent des violations du droit international. Dans le pire des cas, l’initiative entraînera un regain de violence ; dans tous les cas, l’étiolement d’une lueur d’espoir déjà faible et la perte d’influence des Etats-Unis dans la région.»

 

 

Trump alimente le terrorisme

La décision de Trump fait le jeu des islamistes, déplore Tages-Anzeiger :

«La situation risque de s’envenimer, comme si cette région en crise ne souffrait pas déjà assez. Les Palestiniens ont annoncé ‘trois jours de colère’, le Hamas a menacé de commettre des attentats. … Si l’on assiste à un nouveau soulèvement palestinien, le processus de paix ne sera plus bloqué, il sera tout simplement mort. Au profit de Daech, d’Al-Qaida et de tous les terrorismes islamistes. Jérusalem, al-Quds pour les Arabes, est la troisième ville sainte après La Mecque et Médine, surtout pour les sunnites. De même que l’interdiction d’entrée sur le territoire américain visant les musulmans, le déménagement de l’ambassade américaine est ‘instrumentalisable’ à souhait par la propagande. Ce qui aurait aussi des conséquences pour l’Europe. Une fois de plus, Trump hypothèque la sécurité internationale. »

 

 

Une bonne décision

Die Welt est favorable à l’initiative américaine :

«Les Israéliens avaient construit leurs bâtiments gouvernementaux alors que la ville était encore divisée et alors qu’ils n’en occupaient que la partie occidentale – la partie Est étant à l’époque contrôlée par la Jordanie. Le statut de Jérusalem en tant que capitale israélienne est donc plus ancien que la guerre des Six jours de 1967, au cours de laquelle Israël avait également conquis l’Est de la ville. Un tel acte de reconnaissance ne préempte d’aucune façon le résultat des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens. Rien n’empêche les Palestiniens de faire de Jérusalem-Est leur capitale, dans la mesure où les deux parties s’entendent sur cette solution.»

 


Washington galvaude son leadership

Le quotidien Yeni ?afak craint que cette décision n’attise d’autres conflits :

«Le monde islamique est très en colère contre le gouvernement américain. … L’idée d’un transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem n’est pas nouvelle, et ce ne sera pas la dernière décision de ce type dans le cadre de la politique palestinienne du gouvernement Trump. Il ne serait pas surprenant non plus que l’on se mette bientôt à envisager des négociations sur une ‘solution à un Etat’. La crise se poursuit dans la région, elle s’institutionnalise. On veut manifestement mettre en œuvre au Proche-Orient la stratégie du ‘chaos créatif’, comme l’avaient nommée la ministre des Affaires étrangères de George W. Bush [Condoleezza] Rice et les penseurs néoconservateurs. Mais ce ‘chaos créatif’ se mue lentement en incendie qui cerne les Etats-Unis et menace de consumer leur hégémonie internationale.»


Un front uni contre l’Iran ?

Si le monde arabe tolérait la décision de Trump, alors il n’y aurait plus d’obstacle à une alliance contre Téhéran, juge Lucia Annunziata, rédactrice en chef du portail Huffington Post Italia :

«Le gouvernement israélien est convaincu qu’après ces ultimes années de guerres intestines dans le monde arabe, une bonne partie de l’opinion publique estime désormais qu’Israël est en fin de compte un bon allié, ne serait-ce que dans une perspective utilitaire, pour relever les défis du terrorisme et de l’Iran. Et donc qu’une nouvelle partition incluant Jérusalem est possible, transformant l’Etat hébreu en nouvel atout dans la région. Avec l’appui, peut-être, du prince héritier saoudien, le réformiste Ben Salmane, qui partage aujourd’hui avec Israël la volonté et la nécessité de mettre un frein à l’Iran, au nom de la revanche sunnite contre les chiites, quel que soit le prix à payer.»

 

 

Voir aussi : Actualité Internationales, Rubrique , GéopolitiqueLa dangereuse alliance entre les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite,  rubrique Moyen-OrientArabie Saoudite, une purge sans précédent vise princes, ministres et hommes d’affaires, Israël, Dossier. La crise saoudo-qatarie, rubrique  Etats-Unis, Iran, Liban, Syrie, rubrique Politique, Politique internationale, rubrique Revue de presse,

L’origine du monde. De la valeur tangible des choses

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Théâtre
Une expérience de La Vaste Entreprise proposée, écrite et menée par Nicolas Heredia avec la complicité artistique  de Marion Coutarel.

Nicolas Heredia développe depuis 2007 le projet artistique de La Vaste entreprise où se rejoignent son travail théâtral et sa pratique des arts visuels. Sa démarche s’opère à travers une approche privilégiant la mise en valeur d’un ordinaire poétique et/ou politique et sensible plutôt que le spectaculaire. Sa dernière création L’Origine du Monde semble balisée par la notion de hasard. Un homme passe devant une brocante, son regard se pose sur une toile peinte. C’est l’Origine du Monde.

« Les dimensions de la toile de Courbet, “ L’Origine du Monde ”, sont de 46 x 55 cm. Les dimensions de la copie trouvée sur un marché aux puces sont aussi de 46 x 55 cm. Je ne connais pas le prix de la toile originale. Celle du marché aux puces coûtait 200 euros. Avec 200 euros, je pouvais, par exemple, faire réparer la vitre de ma voiture. Ou m’acheter un aspirateur sans fil Rowenta Delta Air Force All Floors Cyclonique

La mise en scène s’affûte à partir de ce point de départ, le texte n’est pas la seule référence de l’écriture. Nicolas Heredia empile les questions plus métaphysiques que pragmatiques, ou économiques, sur la valeur des choses, de l’argent, de l’aventure (de l’art, peut être)  en s’appuyant sur une interactivité qui prend à contre pied la partition attendue.

L’artiste reconnaît les signes que sème le destin. Il instaure un jeu «dont vous serez peut être le héros, ou peut-être pas (et si ce n’est pas vous, un autre peut-être sera ce héros ­ mais nous ne savons pas quand ce héros se manifestera)». L’expérience est pensée pour être collective. Et peu à peu, l’odyssée de L’Origine du monde impose sa parabole.

JMDH

Les 8 et 9 dec à 19h à la Baignoire. Résa : 06 01 71 56 27 ou reservations@labaignoire.fr

Source : La Marseillaise 06 12 2017

Voir aussi : Rubrique  Théâtre, rubrique Belgique, rubrique Montpellier,

A qui appartiennent les médias ?

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Actionnariat

A qui appartient le quatrième pouvoir ? Les médias, que ce soit de presse écrite, télévisuels ou encore radiophoniques, sont régulièrement accusés d’être à la main de quelques puissants hommes d’affaires. Le fait que plusieurs grands quotidiens nationaux soient détenus par une poignée d’industriels des télécoms, du luxe ou encore de l’armement est souvent mis en avant. Mais les médias ne se réduisent pas aux quelques journaux nationaux. Julia Cagé, économiste à Sciences-Po, s’est lancée dans un travail d’analyse de l’actionnariat des médias pour répondre à la question : « Qui possède les médias ? ».

Première réponse de l’universitaire, dans une note publiée le 4 décembre : « Il s’avère extraordinairement difficile de répondre à cette question simple ». Complexité et manque de transparence sont les deux qualificatifs avancés par cette spécialiste de la presse pour décrire cet actionnariat.

En effet, entre l’actionnaire réel et le média, s’intercalent souvent nombre de sociétés, notamment des holdings. L’exemple du quotidien Libération est éclairant. Si le journal précise dans ses pages qu’il est la propriété de SFR presse, le lien entre Libération et l’opérateur n’est pas direct. Le quotidien est possédé à 99,99% par Press Media Participation. Cette société a pour actionnaire, à 50,01%, PMP Holding, qui elle-même appartient à 63,44% à Altice Media Group France, dont l’actionnaire principal est SFR.

Déterminer qui est l’actionnaire réel n’a donc pas été aisé pour l’universitaire. Mais à partir des données collectées entre décembre 2015 et juin 2016, Julia Cagé a dressé un portrait des actionnaires et surtout de leurs secteurs d’activités.

Ainsi, la moitié des actionnaires de la presse écrite et en ligne en France exercent dans la finance ou les assurances. Ceci s’explique en partie par quelques grands groupes, comme le groupe EBRA-Crédit Mutuel, qui possède la quasi-intégralité des quotidiens régionaux de l’Est de la France : des Dernières Nouvelles d’Alsace au Dauphiné Libéré en passant par Le Progrès. Ou encore le groupe du Crédit Agricole qui détient une participation minoritaire au sein du groupe La Montagne.

Cette note n’est qu’une première étape de recherche, des publications devraient suivre sur le cas d’autres pays, mais également sur l’impact de la structure de l’actionnariat sur la couverture médiatique.

Source Alternative Economique