L’art est un alien, à nous de l’apprivoiser

Zone absolue

Zone absolue. Jacques Charlier,

Expo Montpellier
Fin du troisième cycle d’expositions à La Panacée.

En attendant le MoCo, le nouveau Centre d’art contemporain qui verra le jour en 2019, la Panacée vient de clôturer à Montpellier son troisième cycle d’exposition. L’espace dédié à l’art contemporain  dirigé par l’historien de l’art Nicolas Bourriaud – dont le travail est cité dans l’excellent film de Ruben Östlund The Square, Palme d’Or du festival de Cannes 2017 -  se pense localement dans l’éclectisme global.

Evidemment, la proposition n’a pas fait l’unanimité – l’inverse aurait été inquiétant – son  cadre suit la feuille de route qui vise à opérer de multiples connexions avec le monde de l’art contemporain.  Fidèle à sa devise « tout oeuvre d’art est un alien » l’artiste français Saâdane Afif, lauréat du Prix Marcel Duchamp 2009 et du Prix Meurice pour l’art contemporain en 2015, s’est efforcé de brouiller les pistes dans une exposition monographique dédiée à ses trois projets récents?: Héritages, Là-Bas. et Ubu roi disséminé.

Donner la réplique  reprend et découpe le texte d’Alfred Jarry. Que faire d’autre que brûler un cierge quand on se retrouve devant un flayers géants qui vous dit «Merdre !» En bon héritier de Duchamps, Afif sait pertinemment que le seul geste délibéré d’exposer un vulgaire objet du quotidien dans un musée peut en faire une œuvre d’art…

Le défi est contenu dans le titre Ici./Là-bas qui a donné lieu à quelques escapades hors les murs comme le concert de Pierre Peres et Anas Maghrabi au Black Sheep où les deux musiciens ont composé sur les textes hermétiques confiés à d’autre artistes autour d’Ubu roi. Vous suivez toujours ? Pour résumer, la pleine compréhension du Ici, de la Panacée, ne pouvait s’appréhender que dans le Là-bas. Selon les mots de l’artiste : « Ici./Là-bas. est une sorte de retournement, qui questionne avant tout la notion de ce que veut dire être ici, à travers son antithèse.»

Dans un tout autre registre et une autre époque, où les gens discutaient entre-eux sur les oeuvres et les émotions qu’elles produisent, la rétrospective consacrée à l’artiste belge Jacques Charlier, l’un des pionniers de l’art conceptuel européen nous plonge dans un monde entre humanisme et cynisme. Le travail artistique et ses doutes sont brillamment mis en scène par Charlier à travers une approche pluridisciplinaire. On peut trouver des ponts entre les  deux artistes. Les préoccupations qu’évoque Charlier à propos de l’art rejoignent celle d’Afif, l’autosuffisance en moins.

JMDH

Source La Marseillaise 16/01/2018

Entretien Philippe Saurel « Il faut batîr Montpellier destination culture »

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Dans le milieu de la culture, il faut laisser de l’autonomie liée à l’identité du fonctionnement

Entretien
Montpellier terre de toutes les cultures, c’est le défi que lance le maire et président de la Métropole Philippe Saurel qui s’en explique ici.

Montpellier et sa Métropole bénéficient d’une croissance démographique soutenue, d’une densité universitaire et d’une mobilité internationale importante sur un territoire qui rencontre des difficultés socio-économiques. Sur quoi repose votre vision de la politique culturelle ?
Il faut bâtir  le hashtag #MontpellierDestination Culture. Pour y parvenir nous avons les ingrédients que vous avez cités, la croissance de la ville, sa jeunesse, le caractère universitaire « d’une ville monde ». C’est-à-dire une ville dans laquelle se reflètent tous les visages de la planète.

Parmi les faits nouveaux vous affirmez la volonté de développer les arts plastiques…
Nous mettons l’accent sur l’art contemporain. Un maillon de la chaîne qui était un peu défaillant et que nous allons traiter de manière originale. Nicolas Bourriaud  en assure la direction artistique à la tête d’un EPPC qui comprendra la Panacée, à laquelle viendra s’ajouter le MoKo un nouveau Centre d’Art. Ces deux lieux seront liés à l’école des Beaux Arts. Ce triptyque doit maintenant s’ adosser à une fondation pour faire venir les collections et éventuellement financer des projets. Nous sommes en cours de réflexion pour trouver la personne idoine qui présidera l’EPPC, comme Aurélie Filippetti préside le Cinemed et donne son éclat au festival du cinéma Méditerranéen. La notion d’enseignement avec  les Beaux Arts pourrait s’étendre à l’Ecole nationale d’architecture,  et la Faculté des lettres et sciences humaines. Nous travaillons actuellement à la rédaction d’un protocole d’accord sur la culture entre La Métropole et Montpellier 3.

Votre champ opérationnel s’est élargi avec le transfert de compétences du Département …
En effet, par le truchement du  transfert de compétences, nous avons reçu en legs le Domaine D’O,  le Printemps des Comédiens,  Folie d’O et Arabesques. Trois grands festivals qui viennent compléter le dispositif prestigieux dont nous disposions déjà.

Qu’en est-il pour le festival jeune public Saperlipopette ?
Je pense que Saperlipopette devrait rester sous l’égide départementale. Si ce n’était pas le cas on le conservera.  C’est un très bon festival.

Les 25 agents transférés doivent-ils s’attendre à un changement de culture ?
Le transfert s’est opéré à partir de la signature début janvier 2017. A ce jour, on ne voit toujours pas le logo de la Métropole sur le Théâtre Jean-Claude Carrière. Nous nous sommes donnés un an pour faire le transfert et discuter avec tous les acteurs. En 2017 c’est le Département qui reste maître d’ouvrage sur la programmation et le financement du Théâtre d’O.

Quelles perspectives à moyen terme?
D’après la délibération jointe à la signature du contrat, tant que nous gardons le festival, le Département s’engage à le financer. Il n’y a donc aucun problème sur la pérennité des festivals.

Quelle est votre vision de la construction de la coopération concernant les structures et les hommes ?
Parlons des hommes. Je leur laisse une totale liberté. Jean-Paul Montanari, Valérie Chevalier,  Nicolas Bourriaud, font ce qu’ils veulent.

Il peut apparaître des contradictions entre une vision internationale et une programmation culturelle qui répond aux attentes.  Cela s’est illustré avec Rodrigo Garcia.
Je n’ai eu aucun problème avec Rodrigo Garcia. Sa programmation artistique est magnifique. Elle ne concerne pas tous les publics mais je l’ai défendue. Nicolas Bourriaud peut répondre à la  contradiction que vous soulevez. Le projet qu’il conduit dispose des deux dimensions. Il a collé au ventre, la soif de montrer que Paris  est contournable et que l’on peut développer une programmation internationale à Montpellier. Il faut que l’art décape !

Prenez-vous en compte la singularité des domaines artistiques ? Le théâtre par exemple en tant qu’art politique…
Le théâtre est à la fois le plus incisif et le plus fragile des secteurs artistiques. Dans les sociétés totalitaires, les régimes politiques durs ont toujours combattu en priorité, le théâtre et le livre. En même temps le théâtre est un vase d’expansion des fresques carnavalesques en passant par le théâtre de rue de Molière. Pendant la guerre en Allemagne et ailleurs, les pièces qui ont commencé à être données sur le ton de la dérision ont rapidement été interdites. C’est un domaine artistique très subtil.

Dans la problématique financière liée aux deux orchestres nationaux métropolitains Montpellier licencie et Toulouse embauche ce qui semble annoncer la fin du lyrique à Montpellier ?
Non, aujourd’hui un expert a été nommé par l’Etat pour rendre un rapport dans les deux mois, sur la situation réelle des finances de l’OONM. En fonction de ce rapport, avec le Drac j’inviterai les actionnaires pour évoquer la situation.

Porter cette réflexion sur la seule dimension financière résume la situation…
C’est le problème principal parce que des dépense non prévues ont fait jour à la fin de l’année. La Métropole est le premier financeur avec 13 M d’euros. Il nous revient de  trouver une issue à cette situation.

Comment miser sur la culture au niveau international et abandonner l’Orchestre ?
Je ne vise pas à l’abandon de l’Orchestre tout au contraire. Mais pour garder l’Orchestre, il faut peut-être revoir un certain nombre de ses fonctionnements internes à l’aune du rapport qui sera rendu. Il faut d’abord sauver l’OONM et après le booster.

Au chapitre de la nouvelle donne de la décentralisation entre Marseille et Toulouse  comment envisagez vous les relations inter-métropolitaines coopération ou concurrence ?
J’entretiens d’excellentes relations avec Toulouse notre capitale régionale. Cela n’empêche pas que le maire de Toulouse joue pour sa ville et le maire de Montpellier également, mais on est capables de se parler et de travailler ensemble. Avec Jean-Claude Gaudin nous avons évoqué le fait de tisser des liens entre les opéras de Marseille et Montpellier. Nous pourrions aussi faire des échanges de musiciens avec l’Opéra de Palerme.

En matière de coopération décentralisée souhaitez-vous raffermir la notion d’identité méditerranéenne ?
De civilisation méditerranéenne, cette idée il est important de la faire ressurgir parce qu’elle génère une forme d’apaisement. Il suffit que l’on visite à Palerme le Palais des Normands pour constater que le plafond de cette chapelle palatine est décoré avec des sourates du Coran.

Privilégiez-vous la gestion particulière des différents lieux ou une gestion commune ?
Dans le milieu de la culture, il faut laisser de l’autonomie liée à l’identité du fonctionnement. En revanche, au niveau des services de la Métropole et de la Ville nous allons créer une direction mutualisée de la culture. Et les organigrammes feront état de fonctions mutualisées ou pas.

Envisagez-vous l’apport de financements privés ?
J’y suis favorable sous toutes ses formes à une seule condition. Que la gouvernance de  la logistique liée à l’exercice de la compétence reste à la Métropole

Quelle place prend la culture dans votre vie quotidienne ?
La culture est omniprésente. Je ne peut pas séparer la culture de la décision politique.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source : La Marseillaise 23/02/2017

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Retour sur Mulholland Drive

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L’univers lynchien de Montpellier par le photographe toulousain Yohann Gozard.

Exposition
A la Panacée débute le premier cycle d’expositions présentées sous la direction de Nicolas Bourriaud en charge du futur Centre d’art contemporain, nouvelle génération attendu pour 2019. Sous le titre Retour sur Mulholland Drive une vingtaine d’artistes  rendent compte des tendances actuelles de l’art contemporain.

En attendant le MoCo, futur navire amiral de Montpellier Contemporain, La Panacée se recentre sur l’art contemporain après quelques errements autour de la création numérique. Non que l’art numérique soit inintéressant dans les formes de langage qu’il a mis à jour, mais plutôt qu’il était peu opportun d’axer les lignes programmatiques du lieu sur un terme aussi générique. On a senti le moment où la notion d’art elle-même se trouvait en souffrance face à sa particule numérique. La page s’est tournée avec l’arrivée de Nicolas Bourriaud nous évitant peut-être la chasse aux Pokémons tendances, dans les couloirs de la Panacée sponsorisée par SFR.

L’arrivée de cet historien et critique d’art contemporain n’est pas pour autant un gage de confort pour le visiteur. Exit les balises pédagogiques, et place à l’émotion, aux interrogations, au malaise parfois qui peuvent émaner des oeuvres contemporaines. La proposition d’exposition autour du film de David Lynch Mulholland Drive en témoigne.

Etre dérangé en trois fragments
« L’art d’aujourd’hui ne relève pas d’une esthétique unique. On ne peut pas tout résumer par un point de vue ou un regard, explique Nicolas Bourriaud, le cycle d’expositions à la Panacée s’ouvre à tous les médiums et toutes les disciplines.» Une manière de répondre à la masse de propositions artistiques en provenance des quatre coins de la planète et de préfigurer le modèle nouveau du futur MoCo en connexion avec le monde.

Conception basée sur le constat que Paris n’est plus l’instance de validation. La proposition qui s’ouvre aujourd’hui se découpe en trois expositions distinctes. Solo show de l’artiste iranienne Tala Madani, jamais exposée en France, propose un univers grotesque et critique centré sur une représentation masculine où s’agitent des hommes décervelés. Mus par leurs instincts sexuel primaires, ces personnages semblent désigner un recul certain de la conscience dans tout ce qui existe.

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Tala Madani opère un détournement  de l’usage de la lumière spirituelle qui exprime la vibration énergétique par laquelle les choses deviennent visibles ou sont éclairées. Les représentations de l’artiste opèrent une forme de redistribution du sacré et du moi intérieur dégénéré qui met à niveau la lumière cosmique, avec celle d’un d’orifice ou d’excréments.

Intérims, l’art contre emploi, présente neuf artistes qui prennent le monde du travail comme matériau et explorent les mécanismes du salariat avec un regard militant ou ironique. Cette seconde exposition fait lien avec le concept Exform – forme saisie par les artistes  autour des enjeux d’exclusion, culturels, sociaux ou politiques, et territoire traversé par des mécanismes de rejet et de réhabilitation – au coeur des dernières recherches de Nicolas Bourriaud.

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Intitulée Retour sur Mulholland drive, la troisième proposition explore l’univers lynchien à partir des travaux d’une vingtaine d’artistes et plus particulièrement du film sorti en 2001 qui a marqué une génération de créateurs par la force de son esthétisme et l’ambivalence du rapport à la réalité. Les travaux exposés ont pour dénominateur commun d’utiliser des objets du quotidien pour y insuffler une puissance d’évocation singulière. Les formes proposées sont empruntes d’une gravité à la hauteur du vertige lié à la perte d’identité sans pour autant s’inscrire comme forme de contre-pouvoir.

JMDH

Source ; La Marseillaise 27/01/2017

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Nicolas Bourriaud : « Il faut disposer d’institutions qui ressemblent à leur territoire »

 La chute du mur de Berlin marque la fin de l’underground

Nicolas Bourriaud : « La chute du mur de Berlin marque la fin de l’underground »

Un an après sa nomination pour constituer le futur Centre d’Art contemporain de Montpellier (MoCo) et favoriser la propulsion de la ville au rang de capitale culturelle internationale, l’historien, critique d’art et fondateur du Palais de Tokyo Nicolas Bourriaud dresse un premier bilan d’étape.

 

Il ne vous a pas échappé que Montpellier n’a jamais décollé en matière d’arts plastiques ?

Cela faisait partie du challenge. Il est vrai que la réussite dans le domaine des arts plastiques n’est pas vraiment assise, mais en voyant l’ascension qu’a pu prendre Montpellier, notamment dans le domaine de la danse, j’avais aussi la certitude que ça pouvait fonctionner. C’est simplement une question de volonté politique. Il se trouve que j’ai trouvé la volonté politique dont ce type de projet à besoin.

Comment avez-vous appréhendé le territoire de cette ville métropole qui a perdu son statut de capitale régionale ?

A travers de multiples possibles. C’est depuis de Sète, où j’ai fait deux expositions au Frac que j’ai pu avoir une expérience de ce territoire qui m’apparaît d’une immense richesse. Il y a un autre aspect important, quasiment géopolitique, qui a participé à ma démarche. Dans la mesure où la France est, avec le Mexique, le seul pays au monde qui se pense dans une opposition entre la capitale et reste du pays. Cela m’a toujours semblé d’un anachronisme et d’une arriération absolument terrifiante. Cette division mental a tellement été intégrée par les Français qu’eux même n’arrivent plus du tout à envisager un autre type d’organisation du territoire. Je me suis attaché à un autre type de tension, beaucoup plus productif, qui serait une tension culturelle entre le Nord et le Sud.

Cette division se reproduit. D’autre grandes villes se pensent comme le centre du monde, dans le Sud, c’est le cas de Marseille…

C’est vrai, mais je pense que Montpellier a davantage d’atouts que Marseille pour devenir un pôle sudiste et une capitale culturelle. Parce qu’il y a ici une volonté politique affirmée et une véritable entente entre les acteurs culturels, ce qui n’est pas le cas à Marseille que je connais un peu. Il y a une vraie singularité à Montpellier que je trouve fort intéressante, c’est le côté déterritorialisé. C’est une ville de brassage, avec une immense population étudiante et des allers-retours permanents qui m’apparaissent comme une qualité cruciale au XXIe siècle.

Le pendant moins positif réside dans la difficulté à développer des projets dans la durée…

Il faut penser cette mobilité au départ du projet. En arrivant ici, je me suis tout de suite dit qu’il fallait proposer une construction horizontale et collaborative. D’abord dans la construction administrative il s’agissait d’éviter toute verticalité. Ces 20 ou 30 dernières années la recette pour monter un centre d’art contemporain reposait sur un appel fait à un grand architecte pour construire un bâtiment « marque » qui fasse image. Notre parti pris esthétique a rejoint une volonté politique. L’idée avec le MoCo était de savoir comment aménager et resituer les bâtiments existants. Ce qui me paraît beaucoup plus intéressant plutôt que faire la part belle à l’architecture nous allons donner la part belle à l’art. Ce sont les artistes qui contribueront à la requalification esthétique des bâtiment. Je suis convaincu qu’il faut aujourd’hui disposer d’institutions qui ressemblent à leur territoire, qui répondent à l’imaginaire ambiant. Je n’essaie pas de répéter ce qui se fait à Paris mais d’inventer quelque chose qui corresponde à l’imaginaire local.

Comment se sont produits les échanges avec les acteurs culturels montpelliérains ?

J’avais perdu un peu ce sens à Paris, où la compétition est tellement forte qu’elle finit par oblitérer l’idée de coopération, de collaboration, voire même de solidarité. J’ai eu ici des rapports très fructueux avec Christian Rizzo, Jean-Paul Montanari, Rodrigo Garcia, Numa Hambursin, Gilles Mora… C’est à mon sens une vraie qualité de la vie culturelle montpelliéraine parce que nous allons tous vers la même direction. Il en va de même avec l’Ecole des beaux-arts mais de manière différente puisque nous seront engagés dans le même bateau. Nous avons donc à repenser complètement ce que pourrait être une école d’arts en lien avec un lieu d’exposition.

N’en n’aviez-vous pas un trop mauvais souvenir après votre expérience parisienne ?

Ce ne sont pas les Ecoles d’Arts qui m’ont laissé un mauvais souvenir. Ce sont les réactionnaires, les corporatistes, et les paresseux qui peuvent parfois les peupler. Sinon, pour moi, la transmission de l’art est fondamentale : j’ai été professeur à l’âge de 23 ans et cela a toujours été une passion importante dans ma vie.

Une démarche que vous poursuivez à travers votre activité d’auteur. Sur quelle voie menez-vous vos lecteurs dans votre dernier livre The Exform pas encore disponible en français ?

C’est une réflexion sur la manière dont l’art depuis le début du XIXe siècle – les origines de la modernité picturale – concerne le déchet, le rejeté, le laissé pour compte. Je parle de Courbet notamment, qui fonde le réalisme quasiment sur cette question là comme un acte politique qui consiste à déhiéarchiser les sujets. Puis, cela devient une réflexion plus philosophique centrée sur Althuser et Walter Benjamin, sur cette notion que j’appelle l’exform qui est une forme prise dans un processus d’exclusion inclusion. Exclusion par la société, volonté d’inclusion par la représentation comme Manet qui peint des asperges ou Le Déjeuner sur l’herbe. Ce que justement la société ne voulait pas voir. J’essaie de faire une recherche généalogique pour comprendre comment se fait-il que l’art sublime le détritus, le rejeté.

Ce qui revient quelque part aux fondements ?

Oui, j’aime bien ça. Toujours le retour aux sources pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

L’ouverture du MoCo est prévue pour 2019. D’ici là, la Panacée ouvre un cycle d’expos, quels en sont les axes ?

Les axes de cette programmation vise à rendre compte des différentes lignes esthétiques qui émergent dans l’art contemporain. Il ne s’agit pas de proposer des thèmes autour d’une esthétique dominante mais, un peu comme Monet, de s’intéresser à la globalisation culturelle, de rendre compte de ses multiples problématiques. La chute du mur de Berlin marque la fin de l’underground. Maintenant tout est overground et même ce qui échappe à ça, trouve un moyen de se faire connaître. Cela implique de convoquer des capacités de navigation inédites pour s’adapter.

La première expo débute le 27 janvier. Elle s’intitule Retour à Mulholland Drive et propose d’explorer l’influence esthétique de l’univers lynchien sur les artistes contemporains internationaux. C’est un film énigmatique qui ouvre sur l’éruption du merveilleux.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source ; La Marseillaise 21/01/2017

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Centre d’Art Contemporain Montpellier : En attendant le Moco

Nicolas Bourriaud et Philippe Saurel déjà dans l’univers Lynchien de Mulholland Drive, . Photo JMDI

Nicolas Bourriaud et Philippe Saurel déjà dans l’univers Lynchien de Mulholland Drive, . Photo JMDI

Dès janvier, la Panacée, centre de culture contemporaine, va prendre une nouvelle orientation pour assurer la transition et donner la tonalité du futur Centre d’Art Contemporain. Philippe Saurel et Nicolas Bourriaud, en charge de la conduite du projet, en ont tracé la vocation.

 

Le projet de Centre d’art contemporain de Montpellier qui ouvrira en juin 2019 enfin dévoilé. Il s’appellera Moco, combinaison des deux premières lettres de “Montpellier” et de “contemporain”. « On vise la planète. C’est un projet public d’envergure, innovant, qui s’inscrit dans un modèle de ville durable en recyclant deux bâtiments historiques. Nous avons pris en compte dans la réflexion à la fois la proximité et l’international » s’enthousiasme le maire de Montpellier aux côtés de Nicolas Bourriaud, cofondateur du Palais de Tokyo et ancien directeur de l’école des Beaux-Arts de Paris.

« La France n’a pas connu de projet public de cette ampleur depuis le début des années 2000 », assure l’historien de l’art et éminent critique qui assure la direction de la Panacée, depuis février. Et le maire d’ajouter : « L’espace public est notre partenaire pour l’art contemporain. Les artistes y ont encore leur place. »

Il n’y aurait pas d’espace collectif sans artistes et pas d’artistes sans art… Ces propos relevant de l’argumentaire essentiel à l’art contemporain, soulèvent d’emblée un certain scepticisme. N’avons-nous pas assez vécu et abusé de la « tradition du nouveau » en politique comme en marketing ? Mais l’idée de décloisonnement qui préside au projet et s’inscrit véritablement dans la transversalité en fonctionnant sur la mise en réseau et la synergie des acteurs locaux, apparaît dans sa nature et son intention novatrice.

Défi de l’esprit et de l’ouverture

Rien de commun avec la précédente programmation de la Panacée qui a offert quelques propositions intéressantes sous le concept très générique des écritures numériques. On ne compte plus aujourd’hui les artistes emprisonnés dans cette manie de l’innovation numérique à tout prix, ni les hordes sauvageonnes se revendiquant du street art en peine de reconnaissance institutionnelle.

« Je crois à la singularité du regard, indique Nicolas Bourriaud, une pensée novatrice peut s’exprimer avec un stylo. Il n’y a pas de lien entre l’outil dont on use et ce qu’on exprime. » Localement l’ambition consiste à rattraper le retard. Montpellier n’a jamais décollé en matière d’arts plastiques.

Le projet contourne une partie de la problématique financière. Il n’y aura pas de collection mais de multiples connexions avec le monde. Il contourne aussi le paradoxe inhérent à l’idée de politique en faveur de l’art contemporain. A l’instar des FRAC qui devaient être gouvernés par un principe d’éclectisme et qui ont finalement adopté la logique de collection régie par un principe de cohérence en opposition avec l’idée même d’éclectisme.

Ces instruments de la décentralisation de l’art sont devenus les partenaires, voire les acteurs du marché de l’art. Avec comme corollaire la politique de commande publique qui néglige la création au profit de l’art d’Etat.

Rien de tout cela dans le futur Moco, pôle d’un réseau dont l’objet sera de répondre à la masse d’informations et d’assumer ses choix en provenance de toute la planète. Mais aussi de revenir dans le passé pour désigner les tendances esthétiques importantes dans ce qui forge notre sensibilité.

En janvier la première expo constituera une rêverie inspirée de l’oeuvre de David Lynch. La démarche citoyenne et ouverte de ce centre d’art du XXIe siècle apparaît bien en cohérence avec le monde d’aujourd’hui.

JMDH

Compléter et consolider la place de Montpellier dans l’art

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Le Centre d’Art Contemporain tient  de longue date une bonne place dans la boîte à outils culturelle de Philippe Saurel dont le diplôme en histoire de l’art et l’expérience en urbanisme le rendent plus sensible aux arts plastiques qu’au spectacle vivant. Adjoint d’Hélène Mandroux en charge de la culture, le futur maire et Président de la Métropole de Montpellier évoquait déjà l’idée d’implanter un Centre d’Art dans les locaux de l’ancienne mairie.Trois jours après son élection, il transforme le Musée de l’histoire de France et de l’Algérie, lancé par son mentor Georges Frêche,  en Centre d’art contemporain. Dans l’ancienne résidence militaire de l’hôtel Montcalm, les travaux sont réorientés pour accueillir cette nouvelle institution qui aura pour nom Moco.  Le projet de Centre d’art contemporain tendra à consolider la place croissante qu’occupe Montpellier dans le secteur culturel, et plus particulièrement dans le domaine de l’art. Il complète les « outils » publics déjà existants, tels que le musée Fabre (Beaux-arts), le Pavillon populaire (photographie), le Carré Sainte-Anne (art contemporain), le Pavillon Bagouet (artistes régionaux), la galerie St Ravy (nouveaux talents). Le Moco constituera avec la Panacée et l’Ecole des Beaux-arts un trio dédié à l’art contemporain.

Source : La Marseillaise 07/12/2016

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