Iran: les femmes font une percée aux élections municipales et locales

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ATTA KENARE / AFP

De nombreuses femmes se sont faire élire aux élections municpales et locales iraniennes, dans la foulée de la foulée de la réélection de Hassan Rohani, à laquelle elles ont largement contribué.

 

Les élections municipales et locales iraniennes, organisées le 19 mai dernier en même temps que la présidentielle, ont permis à de nombreuses femmes de se faire élire y compris dans les villages. Des voix s’élèvent pour qu’elles fassent également leur entrée au gouvernement de Hassan Rohani, largement réélu président dès le 1er tour, notamment grâce à la mobilisation des électrices.

On est encore bien loin de la parité, mais dans la capitale iranienne, le nombre des élues femmes a été multiplié par trois. Elles sont désormais six sur un total de 21 membres au Conseil municipal de Téhéran.

Dans les deux autres grandes villes du pays, c’est-à-dire Machhad et Ispahan, il y a deux femmes élues sur une quinzaine de membres. Et dans d’autres villes encore, il y a également des élues femmes.

Par exemple à Ardébil, une femme est arrivée en tête des élues de la ville. Près de 18 000 femmes s’étaient inscrites pour participer aux élections municipales et locales sur un total de 270 000 candidats.

Idem dans les villages d’Iran

Des femmes ont également été élues dans les conseils des villages. Dans la province plutôt rurale et traditionnelle de Sistan-Balouchistan, à la frontière pakistanaise, 415 femmes ont par exemple été élues au sein des conseils municipaux et des villages.

Précédemment, elles n’étaient que 185. Dans le petit village d’Afzal-Abad, situé dans cette même province, les quinze candidats du conseil local sont d’ailleurs des femmes.

Cette forte augmentation est due à la politique du gouvernement du président modéré Hassan Rohani, qui a nommé plusieurs préfets et sous-préfets dans la région. Pour la première fois, une femme a également été ambassadrice.

Des femmes au gouvernement ?

Après les élections, des voix se sont même élevées pour demander que des femmes entrent au gouvernement. Il y a actuellement plusieurs vice-présidentes, notamment chargées de l’Environnement ou du Tourisme, mais aucune femme ministre.

L’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad avait nommé une femme comme ministre de la Santé. C’était une première.

Désormais, des responsables réformatrices réclament au président Rohani, réélu à une très forte majorité - notamment grâce à la mobilisation des électrices -, de faire entrer des femmes au gouvernement. Mais dans ce cas, le Parlement devra lui accorder sa confiance.

 Siavosh Ghazi

Source RFI 29/05/2017

 

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Présidentielles en Iran

Zahra, l'héroïne de bande-dessinée créée par Amir Soltani était candidate à l'élection présidentielle iranienne en 2013

Zahra, l’héroïne de bande-dessinée créée par Amir Soltani était candidate virtuelle à l’élection présidentielle iranienne en 2013

Les Iraniens seront appelés vendredi à élire un nouveau président. Le duel opposera l’actuel président Hassan Rohani au religieux conservateur Ebrahim Raïssi. Beaucoup d’observateurs voient dans ce scrutin un test de la politique d’ouverture à l’Occident pratiquée par Rohani, dont l’accord sur le nucléaire a été un important jalon. Les commentateurs conjecturent sur l’avenir du pays.

LA POPULATION NE PROFITE PAS DE L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE

Le peuple ne ressent pas vraiment les retombées positives de l’accord sur le nucléaire, explique le politologue Valentin Naumescu sur la plate-forme de blogs Contributors :

«Selon un sondage du mois d’avril, 72 pour cent des Iraniens estiment que le ‘Joint Comprehensive Plan of Action’ n’a pas généré de changement significatif de leur niveau de vie. Ils n’ont pas ressenti non plus le bénéfice de la levée progressive des sanctions, même si la croissance annuelle de l’Iran était de l’ordre de cinq à huit pour cent en 2015 et 2016. Le chômage reste élevé aujourd’hui. Il atteint 12 pour cent dans l’ensemble et près de 25 pour cent chez les jeunes. C’est l’une des raisons pour laquelle le scrutin ne devrait pas pouvoir être scellé à l’issue du premier tour et qu’un second tour devrait être nécessaire – pour la première fois depuis 1981.»

Valentin Naumesc

Source Contributors 16/95/2017

 

A QUAND LE PROCHAIN COUP D’ETAT ?

Le risque de coup d’Etat en Iran est imminent, redoute Taimoor Aliassi, représentant à l’ONU de l’Association pour les droits humains au Kurdistan iranien, dans Le Temps :

«La génération d’après la révolution, déçue de trente-sept ans de règne sans partage du clergé, a du mal désormais à croire à un avenir meilleur sous l’égide des ayatollahs. Nombreux sont les intellectuels, politologues, journalistes, activistes et artistes pour qui la question n’est plus de savoir quand il y aura un coup d’Etat, mais quelles en seront les modalités et les conséquences, à savoir : un bain de sang et un embrasement généralisé comme en Syrie ou en Irak ? Ou bien une reprise en main encore plus autoritaire et centralisée, plus ou moins téléguidée de l’étranger par certaines puissances occidentales, Etats-Unis en tête, qui n’ont aucun intérêt à voir le pays s’embraser, et sont prêtes à sacrifier leurs prétendus idéaux sur l’autel de la stabilité de la région.»

Source Le Temps 16/95/2017

 

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En Iran, poussée des alliés du président Rohani aux législatives, pas de majorité claire

Le président iranien Hassan Rouhani le 27 février 2016 à Téhéran

Le président iranien Hassan Rouhani le 27 février 2016 à Téhéran

Les alliés réformateurs et modérés du président iranien Hassan Rohani qui compte sur eux pour accélérer sa politique d’ouverture ont fortement progressé aux législatives face aux conservateurs, mais aucun des deux camps n’obtient de majorité claire dans l’attente des derniers résultats.

Sur les 290 sièges du Parlement élu pour quatre ans, les réformateurs et modérés en ont pour l’instant obtenu 89 contre 86 pour les conservateurs, selon des résultats partiels publiés dimanche par l’agence de presse Isna. Dix candidats indépendants ont également été élus mais sont pour l’instant inclassables.

Les résultats pour une soixantaine d’autres sièges devraient être annoncés d’ici mardi.

En revanche, un second tour devra être organisé en avril ou en mai pour départager les candidats briguant 51 autres sièges, et dont aucun n’a récolté suffisamment de voix pour être élu au premier tour.

D’ores et déjà, les réformateurs et modérés peuvent se targuer d’avoir trois fois plus d’élus au Parlement, où ils en comptaient trente jusqu’à présent contre environ 200 pour les conservateurs.

Ils ont réalisé une percée remarquable à Téhéran où ils raflent la totalité des 30 sièges qui étaient jusqu’alors détenus en grande partie par les conservateurs.

Parmi ces derniers, plusieurs étaient de farouches opposants à l’accord conclu en juillet 2015 entre les grandes puissances et l’Iran sur son programme nucléaire. L’accord est entré en vigueur mi-janvier, entraînant la levée de la plupart des sanctions économiques qui asphyxiaient l’économie iranienne.

- ‘Lourdes charges’ -

« Le progrès du pays est l’objectif principal » et le « prochain Parlement aura de lourdes charges », a estimé dimanche le guide suprême Ali Khamenei, dans un message lu à la télévision, en mettant en garde contre « un progrès superficiel sans indépendance ni intégrité nationale ».

Le président Rohani a pour sa part affirmé dans un tweet que « les électeurs ont créé une nouvelle atmosphère ».

Religieux modéré, il misait sur l’avancée majeure qu’a été l’accord nucléaire et les investissements étrangers attendus par son application, pour engranger un maximum de députés favorables à sa politique au Parlement.

Il entend mettre en place une série de réformes économiques et sociales avant la fin de son premier mandat de quatre ans en 2017.

Autre motif de satisfaction pour le président iranien: son élection et celle de son allié Akbar Hachemi Rafsandjani, ancien président de la République islamique, à l’Assemblée des experts après être arrivés en tête à Téhéran.

Cette chambre, composée de 88 religieux élus pour huit ans, est chargée de nommer le guide suprême iranien et pourrait être amenée à jouer un rôle déterminant durant son mandat puisque le guide actuel, Ali Khamenei, est âgé de 76 ans.

L’élection pour son renouvellement a eu lieu vendredi en même temps que les législatives. Le taux de participation aux deux scrutins a été d’environ 60%.

Deux religieux conservateurs connus pour leur hostilité envers les réformateurs, les ayatollahs Mohammad Yazdi, actuel chef de l’Assemblée des experts, et Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, ne seraient pas en position d’être élus, selon des résultats partiels portant sur la presque totalité des bulletins dépouillés.

En revanche, l’ayatollah Ahmad Janati, chef du puissant Conseil des Gardiens de la constitution (conservateur), serait élu.

- Un vote contre ‘les radicaux’ -

M. Rafsandajani a affirmé dans un tweet que « personne ne peut résister à la volonté de la majorité du peuple et ceux dont il ne veut pas doivent se retirer ».

La percée des pro-Rohani est d’autant plus notable que la plupart des grandes figures du camp réformateur avaient été écartées de la course aux législatives par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui a un droit de veto sur les candidatures.

Analyste iranien indépendant, Amir Mohebbian, interrogé par l’AFP, a jugé que ces résultats sont « une réaction (des électeurs) contre les radicaux ».

A Téhéran, le chef de liste des conservateurs, Gholam-Ali Hadad-Adel, un ancien président du Parlement, n’arrive qu’en 31e et est battu.

En tête de liste des candidats élus figurent Mohammad Reza Aref (réformateur) et Ali Motahari (modéré conservateur).

Les réformateurs avaient inclus dans leur liste trois conservateurs modérés, dont M. Motahari, qui ont tous été élus.

La liste des réformateurs/modérés à Téhéran était menée par Mohammad Reza Aref, ancien candidat réformateur à la présidentielle de 2013, qui s’était retiré en faveur du candidat Rohani.

Stéphane BARBIER, Siavosh GHAZI 

Source : AFP 29/02/2016

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Paris et Téhéran jouent l’ouverture économique et diplomatique

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Une série de gros contrats ont été annoncés dans plusieurs secteurs. Les deux pays veulent approfondir leur dialogue politique pour mieux discuter des dossiers chauds au Moyen-Orient.

Hâtons nous mais prudemment. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, a invité les entreprises françaises à « se ruer en Iran tout en faisant attention à la question du financement », à l’occasion de la visite en France du président iranien, Hassan Rohani. Certes, c’est un marché de 80 millions d’habitants, deuxième économie du Proche Orient, qui s’ouvre à l’occasion de la levée progressive des sanctions internationales. Mais demeure l ’épée de Damoclès des sanctions résiduelles des Etats-Unis prises pour atteintes au droit de l’Homme qui ont valu une amende de 8,9 milliards de dollars à BNP-Paribas.

De ce point de vue, les choses pourraient rapidement s’améliorer, a indiqué François Hollande. La banque centrale d’Iran a pris langue avec la Banque de France et trois établissements bancaires français pour faciliter les transactions financières entre les deux pays et faire jouer à la Coface sont rôle de garant.

Les Français prudents

Les Français sont prudents mais n’ont pas d’état d’âme pour autant envers un pays qui compte, selon Hassan Rohani, « tourner la page sur les anciennes rancoeurs  ». Il a énuméré devant 320 chefs d’entreprise, les secteurs où l’Iran mise sur la coopération des Français : l’énergie, l’agriculture, la santé, les transports, l’aéronautique. Une coopération d’ores et déjà illustrée par la signature d’accords jeudi entre Téhéran et PSA Citroën, Airbus et Total, mais aussi Bouygues Vinci et ADP pour développer trois aéroports.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a lui aussi appelé à «?ouvrir un nouveau chapitre? » entre l’Iran et la France, le pays européen qui a «?le plus souffert des sanctions internationales?» selon Pierre Gattaz, puisque les échanges entre Paris et Téhéran sont passés de 3,7 milliards d’euros en 2004 à 500 millions en 2014.

Manifestants à Paris

Si des centaines de manifestants ont défilé, lundi à Paris, pour protester contre le régime des mollahs, le président Rohani a reçu, distinction rare, les honneurs militaires sur la place des Invalides, en présence du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. Ce dernier incarnait la «?vigilance?» envers l’Iran durant les négociations nucléaires conclues le 14 juillet dernier à Genève. La relation est d’ailleurs moins chaleureuse qu’entre Rome et Téhéran , une défiance remontant aux attentats de 1986 à Paris. «?Nous nous connaissons?», a simplement observé Hassan Rohani qui était reçu dans la matinée à l’Institut français des Relations internationales. Il a évoqué, devant Valéry Giscard d’Estaing, les années où l’ayatollah Khomeini avait trouvé refuge à Neuf le Château d’où il avait fomenté la révolution islamique.

Ouverture économique et diplomatique indispensable au président

Cette tournée européenne est plus qu’une ouverture économique et diplomatique. Elle est indispensable au président Rohani lui-même. Les conservateurs sont en train de saboter les élections législatives du 28 février en invalidant les candidats qui lui sont proches. Il doit donc trouver des relais à l’extérieur pour l’aider à contenter une jeunesse et une population qui aspirent à travailler et à consommer des produits occidentaux. Les Iraniens doivent renouveler leur aviation commerciale, et cette commande à Airbus (23 milliards d’euros) a aussi pour objet de titiller Boeing dont le lobbying auprès du gouvernement américain pourra un jour faciliter les affaires avec les Etats-Unis.

Le faible prix du pétrole est alarmant pour l’Iran mais le président iranien est optimiste : « La pression sur les pays producteurs de pétrole se traduira par un retour à l’équilibre à court terme ». Tout cela dans un Moyen-Orient à feu et à sang ou l’Iran tente de renforcer son rôle de puissance régionale. «?Cela va être très difficile de revenir à la stabilité au Moyen-Orient. La reconstruction pourra prendre plusieurs dizaines d’années », a souligné le président iranien. La Syrie, l’Irak, le Yémen et le terrorisme ont été évoqué par les deux chefs d’Etat. Une mission a été confiée aux ministres des Affaires étrangères des deux pays pour approfondir le dialogue politique entre Paris et Téhéran.

Yves Bourdillon et Virginie Robert

Source Les Echos 28/01/2016

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La reussite de la politique d’ouverture de Rohani dependra de l’occident

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L’élection dès le premier tour du candidat modéré Hassan Rohani à l’élection présidentielle est en partie la conséquence du mouvement vert d’il y a quatre ans, analyse Azadeh Kian, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de l’Iran. Le futur président pourrait contribuer à l’apaisement des tensions régionales.

Comment expliquer la surprise que constitue la victoire du modéré Hassan Rohani et la forte mobilisation des électeurs?

Après les huit années de politique radicale et populiste menée par le président sortant Mahmoud Ahmadinejad, les Iraniens ont fait un choix rationnel et modéré. Dans une sorte d’élan patriotique, ils ont montré avec vigueur leur désir de changement, en plébiscitant les promesses d’ouverture de Hassan Rohani. Le principal motif de leur mobilisation est la situation économique catastrophique laissée par son prédécesseur. Les sanctions occidentales pèsent très lourdement sur l’économie iranienne. Les revenus pétroliers et gaziers ont diminué de moitié. Même les classes moyennes, longtemps épargnées, ne le sont plus aujourd’hui.

La population veut aussi en finir avec l’angoisse permanente des menaces de bombardement contre leur pays, et l’isolement grandissant dans lequel l’Iran est maintenu.

L’élection paraissait pourtant verrouillée, notamment avec l’invalidation de la candidature de l’ancien président modéré Hachémi Rafsandjani trois semaines avant le scrutin ?

En effet ; mais Hassan Rohani avait fait savoir, auparavant, qu’il se désisterait au profit de Rafsandjani si ce dernier présentait sa candidature. Ensuite, le candidat réformateur Mohammad Reza Aref a eu l’intelligence de se retirer avant le scrutin afin d’éviter la dispersion des voix modérées, ce que n’ont pas fait les conservateurs.

Je pense que le mouvement vert (la contestation de la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en 2009) est pour beaucoup dans le résultat de l’élection de vendredi. Le Guide de la révolution, Ali Khamenei, qui a la haute main sur tout ce qui se décide dans le pays, a compris que les Iraniens dans leur grande majorité voulaient sortir de cette situation de blocage. En descendant dans la rue en 2009, les manifestants avaient signifié leur indignation contre le non-respect de leur vote. Cette fois, contrairement à la précédente, le Guide ne s’est pas entêté à soutenir un candidat, et il n’y a pas eu de fraude.

L’élection de Hassan Rohani devrait aussi permettre un assouplissement sur la question des droits de l’Homme et la libération de prisonniers politiques. Le futur président en a fait un de ses thèmes de campagne.

Quelle sera la liberté d’action de Hassan Rohani vis-à-vis du Guide ? Y a-t-il un risque que ses velléités de réformes soient entravées par le reste des acteurs politiques de la République islamique, comme ce fut le cas pour l’ancien président réformateur Mohammad Khatami entre 1997 et 2005 ?

Hassan Rohani s’entend bien avec le Guide, c’est un atout de poids. Il ne s’est pas non plus opposé frontalement aux candidats conservateurs « rationnels » que sont Ali Velayati, l’ancien ministre des Affaires étrangères, et le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Qalibaf et devrait sans doute former un gouvernement de coalition incluant ces tendances du régime. Ne seraient être exclus que les ultra-conservateurs, qui ont reçu un désaveu cinglant des électeurs. Cela laissera au futur président une certaine latitude pour mener la politique de son choix.

On peut s’attendre à une certaine détente sur la question nucléaire…

Oui. Hassan Rohani a mené une campagne très modérée sur cette question. Il a déclaré que c’était bien de maîtriser la technologie nucléaire, mais encore mieux de normaliser les relations de son pays avec le reste du monde. Le futur président va certainement se montrer prêt à accepter le contrôle des installations nucléaires par l’AIEA, mais dans le respect des droits du pays dans le cadre du traité de non prolifération.

La réussite de sa politique d’ouverture dépendra surtout de la réaction de l’Occident. Il ne faut pas oublier qu’en 2003, l’équipe de Khatami -Hassan Rohani dirigeait la délégation iranienne- avait accepté, au grand dam des conservateurs, de suspendre l’enrichissement d’uranium. Mais Téhéran n’avait rien obtenu en échange. C’était, il est vrai, l’époque de la croisade contre l’ »Axe du mal » de George Bush. Le président américain était dans une logique de changement de régime, alors même que l’Iran avait aidé les pays occidentaux contre Al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan, après les attentats du 11 septembre.

Il faut espérer cette fois que les pays occidentaux sauront saisir la main tendue de Rohani. Les modérés attendent des signaux forts, comme la levée progressive des sanctions qui pénalisent si lourdement la vie quotidienne de tous les Iraniens. Les grandes puissances doivent cesser de chercher à imposer une reddition sans conditions de Téhéran. A ce stade, les Européens se sont montrés plus attentistes que l’administration Obama.

Cette élection peut-elle aussi contribuer à réduire les tensions régionales ?

Egalement. Le futur président est un homme de négociation. Il a manifesté une volonté de normalisation des relations avec l’Arabie saoudite. Si les deux rivaux régionaux y parviennent, ce sera fondamental pour l’apaisement des deux principales crises régionales, la Syrie et l’Irak. La recherche de solutions pacifiques à la crise syrienne en serait facilitée. Mais pour que Téhéran mette fin à son soutien inconditionnel au régime de Bachar el-Assad, il faudra qu’il ait la garantie que le pouvoir qui remplacerait le président actuel ne soit pas anti-iranien.

Dans cette perspective, il serait intelligent, si la conférence Genève II sur la Syrie est vraiment organisée, de ne pas en exclure l’Iran comme l’a plaidé la France. Difficile d’imaginer de régler une crise en excluant l’un de ses acteurs majeurs.

La nouvelle donne iranienne pourrait aussi, dans un deuxième temps, jouer un rôle de modérateur sur le Hezbollah libanais. Non pas directement, parce que je ne pense pas que ce parti soit seulement un instrument de l’Iran. Le Hezbollah est un parti foncièrement libanais qui a son propre agenda. Mais dans un contexte d’apaisement régional, une ligne plus modérée pourrait émerger au sein du mouvement chiite libanais, comme cela a été le cas par le passé, en particulier pendant les années Khatami.

Propos recueillis par Adèle Moreno,

Source L’Express

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