Sète : Expérience captivante, innovante et sensible

Philippe Pradalié à Sète Musée Paul Valéry

Philippe Pradalié, Nick Ervinck, Joël Leick et Albert Woda forment un quartet esthétique de choc dans le cadre de l’exposition 4 à 4 proposée par le Musée Paul-Valéry de Sète jusqu’au 22 mai.

A Sète, le Musée Paul-Valéry poursuit son cycle d’art actuel en offrant ses cimaises à quatre artistes contemporains. Cette deuxième édition de 4 à 4 présente 4 expositions simultanées sans lien stylistique particulier. Philippe Pradalié, Nick Ervinck, Joel Leick et Albert Woda ont en commun de se confronter au temps et d’inventer, chacun dans son langage, une relation à l’espace et aux préoccupations qu’elle engendre.

 

Woda ours de couleurs

Alber Woda, habite dans les Pyrénées comme le plus beau des ours, dit de lui le poète Salah Sétié. Il est vrai que Woda parle calmement de son travail avec le regard tendre de l’animal. En polonais son nom signifie eau. Comme une trace de vie humaine, une goutte, dans un paysage océanesque. Woda respire face à l’étendue de terre et de ciel que la nature lui présente. Il tente d’appréhender les paysages qui coupent le souffle. Son travail est une invitation à la contemplation. « Ma peinture explore les couleurs, cherche dans ses profondeurs. Elle est aussi musicale avec des sons et des silences. Le silence entraîne le tumulte », dit le peintre dont la démarche pourrait s’apparenter aux paysagistes hollandais du XVIIe siècle. Aucun objet ne vient distraire le regard et la pensée. La ligne d’horizon s’abaisse ce qui donne au ciel une place de choix.La lumière est traitée avec précision. Parfois le ciel des toiles de Woda s’assombrit mais toujours loin de la colère. Que savons-nous de la solitude des ours quand le ciel tourne à l’orage...

Albert Woda à Sète Musée Paul Valéry

Albert Woda à Sète Musée Paul Valéry

« Est-ce que les nuages écrivent ? » questionne encore Woda qui indique suivre le rapport à la perte dans la peinture évoqué par l’académicien François Cheng. L’exposition propose également une belle série de gravures manière-noire réalisées par l’artiste. « Cette technique demande une longue préparation des plaques. Il faut que le métal mousse. Quand la plaque est prête, des lumières lisibles apparaissent issues du noir profond, de la nuit. C’est la genèse. Je commence par le noir, pour la peinture aussi. Mes toiles sont des matières noires colorées. Mes tableaux restent longtemps noirs dans mon atelier. J’aime beaucoup cela. Il y a là tous les possibles. »

 

Le miroir virtuel de Nick Ervinck

Autre génération autre univers avec le travail de sculpture de Nick Ervinck qui peuple le monde du XXIe siècle de ses nouvelles créatures hybrides qui poussent leur premier cri dans le monde virtuel. Nick Ervinck est un digne héritier de Kafka version La Métamorphose et de Burroughs mouture Le festin nu. L’artiste assume le monde parallèle nébuleux et discontinu qu’il fait naître sous nos yeux captivés et inquiets. En présence de ses oeuvres physiques, le fossé qui nous sépare de la réalité devient franchissable. C’est tout l’intérêt de sa proposition artistique de nous plonger dans cette nouvelle cohérence...

Joël Leick

Joël Leick use d’une multitude de techniques et formes pour toucher la réalité. « Mon travail est lié à ce qui nous entoure. » Travail au pinceau, sur des matières souvent naturelles papier collé, bois, ardoise, documents détournées, collage... La photographie qui révèle l’au-delà de l’image est exploitée avec profondeur. Une forme d’union libre assemblée sur des planchettes de bois.

 

Jeux esthétiques de Pradalié

Le musée de Sète ouvre sur trois temps majeurs du peintre formé à l’école des Beaux-Arts de Montpellier disparu fin 2015. Son regard ascétique sur Sète qui rappelle Hopper, le cycle des saisons, hommage rendu à Poussin qui ouvre les portes de l’interprétation allégorique, et Rome, où Pradalié se laisse bercer par le temps de la lumière. Les œuvres exposées permettent de reconstituer une trajectoire hors cadre.

JMDH

Source La Marseillaise 15/03/2016

Voir aussi :  Rubrique Art, rubrique Exposition, Musée Paul Valéry,

La Candeur de Cheng

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« Une œuvre d'art demande toujours à être révélée. » dr

Le petit homme subtil qui se fraye un passage dans un auditorium bondé à craquer a gardé toute sa candeur. Ce qui est assez rare pour un académicien. Il vient pour parler de son dernier livre « Pèlerinage au Louvre ». Au premier abord on se dit que cet ouvrage occupe une place un peu particulière dans l’œuvre de cet l’écrivain né en Chine en 1929, arrivé en France en 1948 et naturalisé en 1971. Peut-être est-ce lié aux origines de l’auteur, à son statut d’amoureux des lettres… à son regard singulier sur l’art.

Il explique sans ambages comment lui est venu le goût pour l’art occidental. Un choc au contact des œuvres de la Renaissance, lors d’un voyage en Italie dans les années 60. Cela l’a conduit dit-il, à devenir un pèlerin de l’Occident, à courir les musées d’Europe et d’Amérique dans une quête spirituelle. Car la peinture est à ses yeux un volet des plus incarnés des arts spirituels. C’est pour cela qu’il a accepté de constituer son propre parcours au sein de qu’il nomme le sanctuaire du Louvre. « On dit que la peinture est un art visuel. En réalité non, c’est un art du temps. Un tableau contient le temps vécu du peintre qui y a mis son âme. » Le livre nous invite à redécouvrir les différentes écoles européennes de la peinture sous son éclairage sensible. Ce spécialiste de l’esthétique chinoise révèle notamment des ponts insoupçonnés entre l’orient et l’occident dans son approche des peintres de la Renaissance. Il rappelle aussi que loin des stéréotypes, la beauté demeure une conquête de l’esprit. « Il faut toujours regarder un tableau comme si on était au matin du monde. »

Pèlerinage au Louvre, édition Flammarion 25 euros

« Une œuvre d’art demande toujours à être révélée. »

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