Plus de 80% des femmes parlementaires victimes de sexisme ou de violence

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La majorité des élues expérimentent une forme de violence psychologique voire physique au cours de leur mandat, selon une étude menée sur 55 femmes de 39 pays et publiée ce mercredi.

Début mai, huit responsables d’Europe Ecologie-les Verts accusaient de harcèlement et d’agressions sexuelles le député de Paris Denis Baupin. Trois d’entre elles portaient plainte contre l’élu un mois plus tard, après l’ouverture d’une enquête. D’autres femmes politiques avaient ensuite témoigné des violences vécues avec d’autres élus, levant le voile sur des pratiques très souvent tues – et loin d’être circonscrites aux seules arcanes politiques françaises, si l’on en croit une étude publiée ce mercredi et menée par l’Union interparlementaire (UIP). La majorité des parlementaires à travers le monde expérimentent en effet une forme de violence psychologique voire physique au cours de leur mandat, selon l’enquête (accessible en ligne ici) relayée par Politico de cette organisation mondiale des Parlements nationaux, basée en Suisse.

«Le sexisme, le harcèlement et la violence à l’encontre des femmes parlementaires sont bien réels et répandus. Ils laissent présumer que le phénomène ne connaît pas de frontières et existe, à des degrés différents, dans tous les pays du monde, touchant un nombre significatif de femmes parlementaires», détaille l’étude, menée sur 55 femmes parlementaires de 39 pays. L’échantillon est réduit, mais les conclusions sont éloquentes : 81,8% des femmes parlementaires interrogées déclarent avoir subi une forme de violence psychologique. 44% d’entre elles indiquent même avoir reçu des menaces de mort, de viol, de coups ou d’enlèvement au cours de leur mandat parlementaire, y compris des menaces d’enlèvement ou d’assassinat de leurs enfants.

Les jeunes parlementaires particulièrement exposées

Cette violence psychologique s’exerce surtout sur les réseaux sociaux : «Une fois, j’ai reçu sur Twitter plus de 500 menaces de viol en quatre jours», raconte une parlementaire européenne, dont l’identité, comme celles des autres élues interrogées, n’est pas divulguée. Une autre parlementaire asiatique ajoute : «On m’envoie des informations sur mon fils : quel âge il a, quelle école il fréquente, dans quelle classe il est, etc., en menaçant de le kidnapper.»

Les insultes sexistes sont également fréquentes : 65,5 % des parlementaires interrogées indiquent avoir fait l’objet de remarques sexistes humiliantes au cours de leur mandat, souvent proférées par des collègues masculins. «Leur attitude trop ou pas assez féminine est régulièrement exposée, commentée, attaquée ou tournée en dérision, tout comme leur statut conjugal ou leur vie affective, sexuelle et familiale supposée ou réelle», constate l’organisation, qui souligne que les femmes jeunes, membres de l’opposition, issues d’une minorité ethnique et militantes des droits des femmes sont particulièrement visées.

20% des élues interrogées victimes de harcèlement sexuel

L’étude décrit également le harcèlement sexuel comme une «pratique courante» : 20% des élues interrogées déclarent avoir été victimes de ce type de pratique au cours de leur mandat, tandis que 7,3% racontent que quelqu’un a déjà essayé de les forcer à avoir des relations sexuelles. La violence physique est aussi répandue : 20 % des parlementaires sondées disent avoir déjà été giflées, poussées, frappées ou visées par un objet. Le sexisme se manifeste aussi au quotidien par des gestes ou des bruits inappropriés : «Si une femme parle fort au Parlement, on lui fait « chut » avec un doigt devant la bouche comme on le fait aux enfants. On ne fait jamais ça si un homme parle fort», raconte ainsi une parlementaire européenne.

«Bien que le panel de femmes parlementaires interrogées soit réduit, il apparaît clairement que le problème est beaucoup plus répandu et passé sous silence que ce que nous pouvions imaginer», analyse le secrétaire général de l’UIP, Martin Chungong, cité dans le communiqué de l’organisation. Si les parlementaires «veulent s’ériger en exemple et faire cesser les discriminations et la violence envers les femmes dans tous les domaines de la vie, les parlements doivent déjà mettre de l’ordre dans leurs propres affaires. Il en va de l’efficacité des parlements, des progrès vers l’égalité hommes-femmes et de la vitalité de la démocratie elle-même», juge le responsable.

Résilience

La plupart des parlementaires racontent avoir pris des mesures après avoir été harcelées ou menacées, en limitant par exemple leurs déplacements, en se déplaçant accompagnées, ou en se désinscrivant des médias sociaux. Même si pour 8 parlementaires victimes de violences sexistes sur 10, ces actes ne les dissuaderont pas le cas échéant de briguer un nouveau mandat. «Cela crée beaucoup de stress et affecte votre stabilité mentale […] Mais il y a la résilience», témoigne ainsi une élue asiatique.

Le rapport appelle enfin les parlementaires, hommes et femmes, à dénoncer ces agissements, afin de briser l’omerta qui entoure ce problème mondial, et incite les pays à adopter des lois en ce sens. Pour l’instant, seulement quatre Parlements (Afrique du Sud, Canada, Costa Rica et Thaïlande) disposent d’un règlement ou d’une politique d’égalité hommes-femmes qui protège explicitement les femmes parlementaires contre les remarques sexistes, le harcèlement sexuel et les menaces de violence provenant d’un de leurs collègues.

Juliette Deborde

Source : Libération

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, Politique de l’Education, rubrique Société, Droits des femmes,

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