Le monde Khan

Le travail d’Akram Khan démontre autant qu’il affirme une évidence. Il ne faut pas laisser le champ mondial aux seuls politiciens. Donnée pour sa première en janvier à Pékin, la pièce Bahok, qui signifie transporter, évoque de simples aspirations humaines que la stricte notion de circulation des marchandises, expédie dans l’oubli.

Dans cette pièce où souffle le vent urbain, le chorégraphe londonien d’origine pakistanaise prend pour unité de lieu le hall d’un aéroport. Espace de transit et terrain d’action où l’horizon d’attente fait lien entre les passagers de provenances variées. Le temps rythmé est donné par les informations hypothétiques qui défilent sur le panneau d’affichage électronique. Avec humour, Akram Khan renvoie aux chapitres des attentes. Celles liées aux perturbations du système de contrôle, comme celles, plus profondes, des vagues mondiales qui submergent l’identité et ouvrent sur l’attente intérieure.

Espace de transit

La scénographie transdisciplinaire emprunte au théâtre, et notamment celui de Peter Brook avec qui Akram Khan a travaillé en tant que comédien. Comme dans le théâtre de Becket, on ne sait rien de la destination des huit danseurs. Le chorégraphe joue avec les représentations. Il n’y a pas de compétence commune du regard, juste des différences. Ici le théâtre ouvre sur les limites de la langue parlée. Lumière est faite sur les échanges stériles et les unités de séparation. Au-delà de leurs différences culturelles, l’impossible communication entre les êtres devient tension, et finalement chemin qui mène à la danse.

Un autre langage, fait de réciprocité mutuelle. Alliance dynamique de signes et de mouvements, issue de la danse traditionnelle indienne et chinoise croisée aux techniques classiques et contemporaines. Maîtrise de l’espace et de la vitesse, ampleur du geste, présence forte des bras, l’âme mise à nu par le corps forge un nouveau vocabulaire. Le mouvement fulgurant des danseurs surgit des êtres reconstruits. Et l’on perçoit d’emblée tout ce qui ne pouvait se dire. Les mouvements codifiés des pratiques traditionnelles muent vers une expression spontanée un peu répétitive. Mais les gestes traversent les couches épaisses de dogmes, socioculturels et religieux avec une fluidité apaisante.

Akram Khan qui s’est formé aux meilleures sources, de la danse traditionnelle, du ballet classique, en passant par la technique de Martha Graham et de Merce Cunningham, ouvre dans cette recherche, perméable aux expressions les plus différentes, une alternative à la concurrence. L’espace corporel prend la « parole » à partir de l’inhumanité du conditionnement extérieur. C’est spectaculaire et accessible. Un peu didactique, quand les danseurs se saisissent des commandes pour afficher sur le tableau d’affichage un retour au chez soi, à la mémoire … Mais l’invitation à la médiation par le corps interpelle.


Akram Khan à la recherche d’une identité qui dépasse les différences

Rankin

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