La littérature dans l’arène

Temps des ferias, temps de tradition que l’on oppose souvent à l’idée de progrès. A tort bien sûr, car en ce domaine la littérature a toujours fait émerger des idées innovantes à travers l’héritage populaire de la tradition. Est-ce lié à cette tradition spécifique qui, dans le cadre de la corrida, conduit inéluctablement à la mort, et régulièrement dans les autres pratiques au désordre et à l’érotisme ?

Plusieurs ouvrages récents renforcent cette alliance, à commencer par le recueil des meilleurs nouvelles 2009 publiées dans le cadre du Prix Hemingway organisé par l’association Les Avocats du Diable Vauvert. Pour cette 5e édition, les jurés ont choisi le lauréat entre plusieurs nouvelles exceptionnelles parmi lesquelles : John de Vauvert, première nouvelle érotique en compétition signée par la poétesse montpelliéraine Nathalie Yot. C’est Le frère de Perez, d’Antoine Martin qui a finalement été élu. Un récit où l’on découvre comment un torero raté repasse ses rêves de gloire au bistrot. Le petit ouvrage renferme douze autres récits du meilleur cru de la cuvée 2009.

manoleteLa tauromachie rompt avec les codes du conformisme. Ce qu’illustre bien la captivante biographie d’Anne Plantagenet, qui retrace la vie du célèbre torero Manolete. Le style et le courage de Manuel Rodriguez Sanchez Manolete, né à Cordou en 1917, sont à l’origine de son irrésistible ascension en pleine guerre civile. Les Espagnols voient en lui une catharsis, un héros à la dignité sobre et silencieuse incarnant le deuil général et l’espoir renaissant. Mais quelques années plus tard, le vent tourne et l’image de l’idole se ternit. Sa popularité auprès des républicains et son amour inconditionnel pour Lupe Sino, femme trop libre pour le franquisme ambiant, est sévèrement décrié. Le destin grandiose et tragique de Manolete finit dans l’arène le 28 août 1947.

indien-camargue1Quarante ans plus tôt, En 1906, , le félibre et le manadier Folco de Baroncelli rencontre Buffalo Bill à l’occasion d’une tournée du Wild West Show dans le Midi. Cettte rencontre avec les Sioux du Dakota est à l’origine d’une relation epistolaire placée sous le signe d’un étonnant et profond échange entre cultures indienne et provençale. Les lettres viennent d’être publiées dans leur intégralité. On y a ajouté les textes que les Indiens ont inspirés à Baroncelli, dont un inédit, «?Les Noms de Peaux-rouges?», magnifique manifeste en faveur des peuples opprimés. On comprend à leur lecture comment, comme d’autres créateurs de la même époque, Baroncelli se tourne vers une civilisation non européenne pour y rechercher sa propre identité. Le poète Frédéric Jacques Temple, passionné par la littérature américaine et la culture indienne donne son éclairage sur ce singulier dossier.

Ces trois livres illustrent la richesse symbolique, imaginaire, artistique et humaine de la culture taurine. Comme quoi, les vertus de la traditions n’impliquent pas seulement notre inscription dans un ensemble de références figées, mais plutôt celui d’une certaine exigence qui intègre l’esprit du temps.

Jean-Marie Dinh

Le frère de Pérez et Manolete le calife foudroyé , parus Au Diable Vauvert

Car mon coeur est rouge, est une publication des éditions Gaussen

Le destin grandiose et tragique de Manolete

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