Fumer tue, l’alcool aussi mais le pire serait de…

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Thomas éprouve le jouissif sentiment d’être allé jusqu’au bout.

L’ivresse et le calice » Le roman noir et imbibé de la jeunesse, signé Antoine Garcia.

On est à Montpellier. La ville n’est pas citée mais on la reconnaît. Dans le fourmillement désordonné de ses bars surchauffés par l’été, on sent l’excitation. On entend les glaçons heurter le fond des verres et le son du liquide qui suit, les rires. Chez Thomas, qui s’applique à s’embrumer l’esprit, ce son-là ne se répète pas deux fois dans la soirée. Le jeune branché prend trop soin de remplir son verre avant qu’il ne soit vide…

La jeunesse sans idéal s’amuse autant qu’elle trompe le vide qui lui tient lieu d’avenir. Sous l’emprise de l’alcool, Thomas va toujours un peu plus loin mêlant un je-m’en-foutisme destructeur à son charme naturel. Il enchaîne les conquêtes avec l’ironie froide du séducteur désabusé. Un soir, il commet un acte irréparable avec une fille rencontrée quelques heures plus tôt. « L’âme de Lucie agissait toujours dans ma tête lorsque je prévis effectivement, me rendant à mon douillet gourbi, de stagner en m’alcoolisant toute l’après-midi sur le net. » Tenant la culpabilité à distance, Thomas éprouve le jouissif sentiment d’être allé jusqu’au bout. Une autre soif s’empare alors de lui. Celle d’un meurtrier en quête de sensations nouvelles. Au fil de ses macabres expériences, Thomas découvrira l’amour, mais trop tard. La seconde partie du livre nous plonge dans la sécheresse humaine du monde carcéral. « Le bonheur de devenir méchant, l’étiquette salvatrice que l’on peut y apposer, cette négation du bien et la jouissance de son contraire, font qu’à un moment de la vie, le malheur qui nous étreint peut être réduit à un vulgaire pugilat dans lequel le plus lucide ne peut que gagner. »

Dans un style limpide, Antoine Garcia oscille entre le triller et l’approche sociologique. Un livre noir et critique sur le risque pandémique de l’individualisme qui plane.

Jean-Marie Dinh

L’ivresse et le calice, éditions Bénévent, 13,5 euros

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