Botticelli et l’oeuvre impossible de Dante

L’éditrice Diane de Selliers est venue présenter cette semaine au Musée Fabre La divine Comédie de Dante illustrée par Botticelli, qui vient de paraître dans la petite collection (19,2 x 25,8cm). L’ouvrage s’inscrit dans la démarche novatrice et passionnée de la maison qui publie les grands textes du patrimoine mondial en les confrontant aux œuvres picturales d’artistes qui s’en sont nourris. Les projets initiaux sortent en coffret de luxe avant de trouver une seconde vie dans la petite collection si les chiffres de ventes le permettent.

La première édition du chef d’œuvre de Dante est parue en 1992. « A l’époque presque personne ne savait que Botticelli avait travaillé sur la Divine Comédie », se souvient Diane de Selliers. La parution du livre  avec les dessins du peintre, a révélé ce pan inconnu de son œuvre et donné lieu à trois grandes expositions à Berlin, Rome et Londres tout en assurant le succès du livre et aujourd’hui son accès à un public plus large.

92 dessins de Botticelli commandés par Lorenzo di Medici, pour une édition manuscrite du XVème siècle, sont présentés en regard d’un chant. Les œuvres sont issues de parchemins conservés pour une part à la Bibliothèque apostolique vaticane et pour l’autre, par le Cabinet des dessins et estampes de Berlin.

Le peintre n’a pas pu achever son œuvre. Quelques chants n’ont jamais été peints et quelques autres ont disparus depuis le XVIIème siècle. Chaque dessin est commenté par le spécialiste britannique de la renaissance Peter Dreyer.

Voyage imaginaire

« Au XVIème siècle, le célèbre critique d’art Giorgio Vasari,  disait que Botticelli s’attaquait à une œuvre impossible, rapporte Diane de Sellier. Aujourd’hui on ne sait toujours pas s’il n’a pu achever son œuvre par manque de temps, par choix artistique, ou pour un autre mobile. »

Dans cette édition, La divine comédie est présentée dans la traduction de référence de Jacqueline Risset. Ecrite au début du XIVème  siècle, dans le climat des violents conflits de pouvoir florentin, cette œuvre majeure du patrimoine historique s’imprègne de son environnement. Dante qui prit une part active à la vie politique de Florence avant d’être condamné à l’exil, met ses espoirs dans une restauration morale.

Influencée par son expérience politique, La Divine Comédie n’est pas une œuvre religieuse mais une somme de conceptions, politique, philosophique et spirituelle. Dans son voyage imaginaire,  Dante guidé par Virgile, puis par son aimée Béatrice, chemine de l’enfer au paradis en passant par le purgatoire. Il croise aussi bien des personnages mythologiques qu’historiques mais aussi certains de ses contemporains. Ce parcours à travers les contradictions de l’histoire humaine souligne l’idéal de l’auteur qui tente d’atteindre l’épaisseur signifiante de l’écriture biblique.

Botticeli dans le vertige

Près de deux siècles plus tard, Botticelli s’attaque à La divine Comédie, alors qu’il travaille sur le chantier de la Chapelle Sixtine. La mise en page particulièrement soignée du livre met en lumière la fascination du peintre pour l’œuvre de l’écrivain. Attraction qui se révèle dans le jeu vertigineux entre la représentation et le symbole. « Dans l’enfer, il colle au texte en représentant Dante et Virgile qui se baladent à travers les différentes strates, commente Diane de Selliers, alors que dans le purgatoire, il se situe davantage dans l’allégorie. En laissant plus de blanc dans la page. Le Paradis dénote encore une approche différente de travail. L’artiste  présente les scènes dans des cercles de lumière. »

C’est cette  résonance importante, et sans équivalence, que traduit clairement la confrontation des deux artistes. Si pour Dante ce qui guide la main humaine est divine, l’écrivain induit bien une distinction entre différentes sphères de réalités qu’il traduit dans une tension poétique à la fois narrative et métaphorique. Le travail de Botticelli s’imprègne de cette complexité. Il demeure impossible de savoir s’il s’est engagé dans une aventure mystique ou de représentation.

Puissance évocatrice

« L’équilibre entre l’image et le texte est un critère incontournable de notre démarche.  Il ne se s’agit pas d’une simple répartition dans  l’espace mais de puissance évocatrice. Si celle-ci est insuffisante, j’abandonne le projet », indique l’éditrice.

A d’autres endroits, cette  exigence a conduit Diane de Selliers à quelques déconvenues. Comme quand elle s’est vue refuser l’accès de ses livres dans les  rayons d’histoire de l’art de la BNF au motif ahurissant de la présence du texte. Bien d’autres périls menacent pourtant le statut de nos bibliothécaires nationaux.

La Divine Comédie, éditions Diane de Selliers, Petite collection, 60 euros.

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