Face au ralentissement chinois, l’exception vietnamienne

Le Vietnam se distingue par sa vitalité, qu’il doit à ses exportations, au développement de ses services, mais aussi à sa capacité à attirer les investissements étrangers - Shutterstock

Le Vietnam se distingue par sa vitalité, qu’il doit à ses exportations, au développement de ses services, mais aussi à sa capacité à attirer les investissements étrangers – Shutterstock

Les pays d’Asie du Sud-Est sont diversement affectés par le coup de frein chinois.

Le ralentissement de l’économie chinoise ne cesse de se confirmer et pèse sur toute la région. «  Certains secteurs de l’économie chinoise sont en train d’atterrir durement, comme le bâtiment et l’industrie, mais les services se développent correctement. Il y a néanmoins une très forte volatilité de la politique économique. Ce sera un atterrissage cahoteux », estime Michala Marcussen, chef économiste de la Société Générale.

Il y a des victimes collatérales : Hong Kong, la Mongolie et Singapour pâtissent le plus de la faiblesse de ce puissant voisin, souligne une récente étude de Coface. « Le risque se diffuse des grands émergents vers les petits via les canaux des matières premières, du commerce et des transferts. Beaucoup de devises émergentes se sont dépréciées depuis le mois d’août par rapport au dollar », observe Julien Marcilly, économiste en chef de Coface. Hong Kong comme Singapour sont affectés parce qu’ils sont très intégrés commercialement avec la Chine, mais aussi par leurs marchés financiers. La Mongolie est encore plus dépendante puisque 90 % de ses exportations, essentiellement des matières premières, sont à destination de la Chine.

Si la Malaisie et l’Indonésie souffrent également de leurs liens commerciaux avec Pékin, il existe – en plus de l’Inde – une exception notable dans la région : le Vietnam. Avec une croissance de 6,81 % au troisième trimestre, le pays se distingue par sa vitalité. Il la doit à ses exportations (+ 9,6 % sur neuf mois par rapport à un an plus tôt) et au développement de ses services, mais aussi à sa capacité à attirer les investissements étrangers. « Il y a une population qualifiée au Vietnam, des infrastructures de qualité et des niveaux de salaires inférieurs à ceux de la Chine », explique Charlie Carré, économiste Asie chez Coface.

Des constructeurs automobiles comme des fournisseurs de produits technologiques (Samsung, notamment) y ont délocalisé leurs usines. Un autre atout : en plus du textile, le Vietnam fait de plus en plus d’assemblages qu’il exporte d’abord vers les Etats-Unis et la zone euro . Une inflation en baisse (autour de 1 %), grâce à la chute des prix énergétiques, galvanise aussi la consommation des ménages et la création d’entreprises (+29 % cette année). De la même manière, « l’Inde et les pays de l’Asean n’ont pas tant besoin que cela des exportations pour croître. La consommation intérieure et la demande d’investissement sont des moteurs plus importants que les exportations », constate pour sa part Elke Speidel-Walz, chef économiste pour les marchés émergents chez Deutsche Asset & Wealth Management. Mais, pour susciter les investissements, il faut accélérer les réformes. C’est ce que tente l’Indonésie, qui affiche des manques en termes tant de gouvernance que d’éducation ou d’infrastructures. Elle vient d’annoncer des procédures accélérées pour créer des sociétés dans les parcs industriels et des incitations fiscales pour que les bénéfices restent dans le pays.

C’est aussi ce que doit faire le Vietnam, qui reste un «  pays avec une économie “duale” fragilisée par de nombreuses entreprises publiques peu rentables, un secteur bancaire faible car trop connecté à ces entreprises et un Etat très endetté », observe Charlie Carré.

Virginie Robert

Source Les Echos 29/09/2015

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