Dans le match PS-UMP, un partout, balle au centre

Décryptage

Cela ne fait guère de doute : le match présidentiel qui va se jouer dans l’année qui vient a fort peu de chance de ressembler à la finale de la Ligue des champions qui a opposé le FC Barcelone à Manchester United ! Il arrive que le football atteigne à une sorte de perfection esthétique. Le talent, alors, efface le labeur ; la fluidité des gestes individuels n’a d’égal que leur efficacité ; la précision des mouvements collectifs fait oublier l’infinie répétition qui a permis cette maîtrise. Etonnant ballet des Catalans, contre lequel l’abnégation des Britanniques fut impuissante.

Rien de tel sur le terrain politique national. A ce stade, ce serait plutôt « 1 partout, balle au centre » entre socialistes et sarkozystes, au terme d’un début de partie trop convenu pour susciter le moindre emballement.

Prenez la présentation des équipes, samedi 28 mai. Halle Freyssinet, dans le 13e arrondissement de Paris, les socialistes étaient tous là pour approuver, à l’unanimité, leur projet 2012. Alliés, rivaux ou adversaires d’hier ou de demain, tous les caciques, tout sourire, étaient au premier rang. Seul manquait Dominique Strauss-Kahn, exclu du terrain après un très mauvais geste (présumé), comparable au fameux « coup de boule » de Zidane lors de la finale du Mondial 2006. A deux arrondissements de là, Porte de Versailles, la même scène réunissait les hiérarques de l’UMP. Y compris, main dans la main, le premier ministre, François Fillon, et le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, qu’oppose depuis des mois une sourde et inlassable rivalité.

Ici et là, la liesse des supporteurs était aussi démonstrative et les consignes de match quasiment identiques. « Les socialistes sont prêts » et doivent « mobiliser l’esprit d’unité et de responsabilité », a lancé leur première secrétaire, Martine Aubry. « L’unité est notre force et la condition de notre victoire », assurait comme en écho M. Copé, tandis que M. Fillon mettait chacun en garde contre « les sirènes de la division ». Un partout, balle au centre, donc.

De même, le patron de l’UMP et le chef du gouvernement peuvent bien se gausser – avec délectation – des affrontements fratricides auxquels la primaire socialiste pourrait conduire. Mais ils ne sont pas davantage à l’abri des turbulences dans leur camp. Alors même que la Confédération des centres a franchi une nouvelle étape, samedi, en accueillant en son sein la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, M. Copé a lancé un sérieux avertissement à tous ceux qui, Jean-Louis Borloo en tête, entendent s’émanciper de la férule de l’ UMP : « Ils devront assumer les conséquences de leur choix », a-t-il menacé.

Le mimétisme ne s’arrête pas là. Les responsables de l’UMP jubilaient depuis deux semaines du coup porté aux socialistes par l’affaire Strauss-Kahn. Si, à l’instar du président de la République, ils s’imposaient assez de retenue pour ne pas paraître à la manoeuvre, ils espéraient bien tirer un solide bénéfice des malheurs de l’ancien champion présumé de la gauche. Le premier ministre l’a résumé d’une phrase, samedi à la Porte de Versailles : voilà le PS contraint de « ravaler toutes ses leçons de morale », martelées sans relâche depuis quatre ans sur le comportement du chef de l’Etat ou de tel ou tel de ses ministres.

Hélas, dès dimanche, une méchante histoire est venue démontrer que l’affaire Strauss-Kahn – en libérant la parole des femmes – n’épargne personne. Accusé d’agression sexuelle par deux anciennes employées de sa mairie de Draveil et visé, à ce titre, par une enquête judiciaire, le secrétaire d’Etat à la fonction, publique, Georges Tron, a été contraint de démissionner sans tarder. Difficile pour la majorité, dans ces conditions, d’espérer se refaire à bon compte une vertu sur le dos de la gauche.

D’autant que le bilan du gouvernement en la matière devient décidément très lourd. En moins d’un an, c’est le septième ministre qui est obligé de quitter le gouvernement ou qui en est écarté : après le permis de construire très avantageux dont avait bénéficié Alain Joyandet pour sa résidence secondaire, après les cigares de Christian Blanc, après les commodités de logement de Fadela Amara ou de Christian Estrosi, après le conflit d’intérêts d’Eric Woerth dans l’affaire Bettencourt (par épouse interposée), enfin après les trop fameuses vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, voilà maintenant, si elle est avérée, une affaire de moeurs. Cette seule énumération est accablante.

Dernier ricochet, enfin, de l’affaire Strauss-Kahn : son remplacement à la tête du FMI. Après avoir, le 25 mai, annoncé son intention de se porter candidate, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, paraît chaque jour davantage en position de favorite. La réunion du G8 à Deauville a été l’occasion de multiples apartés qui ont fait avancer sa cause. « Tout le monde pense qu’elle ferait une très bonne directrice générale », a glissé M. Sarkozy.

Tout le monde, sauf Jean-Louis Nadal, qui n’est pas le premier magistrat venu. Début mai, en effet, l’avocat général de la Cour de cassation a demandé à la Cour de justice de la République (CJR), seule compétente en pareil cas, d’ouvrir une enquête sur la manière dont la ministre avait clos le contentieux Tapie-Adidas – Crédit lyonnais, en 2008, en faisant appel à une procédure de justice arbitrale privée. Pour le plus grand bénéfice de Bernard Tapie, indemnisé à hauteur de 285 millions d’euros.

Impavide, la ministre de l’économie assure avoir agi dans l’intérêt de l’Etat et dans le respect de la loi. Rien ne dit que, le 10 juin, la CJR répondra favorablement à la demande de M. Nadal et ouvrira une enquête pour « abus d’autorité ». Mais si elle s’engage dans cette voie, l’on imagine difficilement comment la ministre, ainsi suspectée, pourrait échapper au hors-jeu. Drôle de match, là encore, dont on peu craindre que les Français finissent par se lasser.

Gérard  Courtois (Le Monde)

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